Mais où était donc passé Sous les toits de Paris, film primé à Locarno en 2007 (Léopard d'argent à Michel Piccoli) et ayant même trouvé acquéreur (Frenetic films)? Dans les limbes de la distribution, comme tant d'autres. A vrai dire, on le comprend, tant «l'effet festival» avait, en l'occurrence, peu de chances de se reproduire. Après tout, un film presque muet qui relate le lent déclin d'un vieil homme de plus en plus seul dans sa chambre de bonne n'est pas vraiment de nature à faire courir les foules...

C'est pourtant un fort beau film, mystérieusement retitré Les Toits de Paris, qu'ont repêché les salles «off» du Zinéma de Lausanne et Spoutnik de Genève (où l'on peut encore le voir jusqu'au 21 octobre). Produit par Robert Guédiguian, ce 6e long-métrage du Kurde irakien Hiner Saleem confirme, après Vodka Lemon et Kilomètre zéro, l'originalité de son auteur. Un déraciné, un peu réfugié politique et un peu conteur oriental, qui ne saurait voir la France tout à fait comme les autres.

Frappé par la fragilité d'un voisin de palier lors de la canicule de 2003, il s'en est souvenu pour imaginer l'histoire de monsieur Marcel, un octogénaire qui voit ses forces le quitter et ses derniers liens disparaître entre l'été et l'hiver, un ventilateur et un radiateur. A peine une histoire, en fait. Plutôt la chronique d'un naufrage ordinaire, à mi-chemin entre Le Locataire (Polanski) et La Vie de Bohème (Kaurismaki), traitée avec suffisamment de tendresse et de poésie pour ne pas paraître irrémédiablement déprimante.

Autour d'un Piccoli plus courageux que jamais, Mylène Demongeot (la serveuse de café et amante de Marcel), Maurice Bénichou (l'ami maghrébin qui songe à retourner au bled), Marie Kremer (la jeune voisine qu'il héberge un moment) et Birol Ünel (l'amant toxicomane de cette dernière) ne campent guère plus que des silhouettes. Pourtant, sous la lumière sensuelle d'Andreas Sinanos - un fidèle de Theo Angelopoulos - leur présence est elle aussi inoubliable. D'où l'impact de ce modeste drame de l'âge et de la solitude, où chacun peut se projeter sans peine.

Les Toits de Paris, de Hiner Saleem (France 2007), avec Michel Piccoli, Mylène Demongeot, Marie Kremer, Maurice Bénichou, Birol Ünel. 1h38