Dirigeant son objectif non pas à travers mais sur les fenêtres d'usines céramiques désaffectées, le photographe Laurent Kasper-Ansermet capte les souvenirs et l'actuel déclin d'une ville chinoise, Jingdezhen, jadis l'un des plus fameux centres de production de porcelaine au monde.

Le photographe insiste sur l'immobilité des images, la mélancolie du lieu, l'espoir d'un regard contemplatif: «Conscience de blanc, contenance de noir, ils étaient la norme du monde» (Laozi), disent ces «images fixes». La fenêtre, motif classique de la photographie comme de la peinture, n'est plus ici ouverture, elle apparaît comme un tableau opaque, qui ne révèle rien que sa propre beauté déclassée. Des lambeaux de chiffons y pendent, des vitres s'y trouvent encore accrochées, éclatées, morcelées, qui composent des scènes abstraites à l'étrange beauté.

Parti accompagner un ami en reportage à Jingdezhen, Laurent Kasper-Ansermet a été frappé par la vue de ces fenêtres aveugles, à la fois tragiques et captivantes, comme le miroir d'une âme. Il les a photographiées, toutes ces fenêtres au bois bleuté, aux verres brisés, parfois remplacés par des panneaux ou des étoffes, il a retravaillé ses clichés à l'ordinateur, isolant les fenêtres dans une sorte de brume qui accentue leur mystère.

Un renouveau sans prétention artistique

Sur une seule photographie, dans l'embrasure d'une fenêtre, apparaît un morceau de porcelaine bleue, typique de la production ancienne de Jingdezhen, aujourd'hui remplacée par un renouveau de production de vaisselle, sans prétention artistique.

Cet unique rappel d'un passé glorieux et laborieux a quelque chose de touchant, comme le serait la vision d'une poupée de chiffon dans une maison en ruine.

Laurent Kasper-Ansermet: «Jingdezhen, images fixes». Galerie Charlotte Moser (rue de l'Hôtel-de-Ville 16, Genève, tél. 022/312 14 14). Me-ve 11 h 30-18 h, sa 14-17 heures. Jusqu'au 22 février.