Peut-on exposer dans un musée des décors et des costumes d'opéra (après la fin des représentations, tout de même) sans donner un coup fatal à la magie lyrique? Oui, si ces objets ont été conçus par des créateurs attachés à la dignité propre de leurs créations, outre qu'à leur fonctionnalité. C'est le pari qu'a pris le mu.dac (Musée de design et d'arts appliqués contemporains de Lausanne), en acceptant d'organiser une exposition (du 25 avril au 12 août prochains) dans la foulée d'un spectacle présenté à l'Opéra de Lausanne dès le 25 février: Lucio Silla, un ouvrage méconnu de Mozart, mis en scène par Jean-Marc Bory.

Esthétique contemporaine

Ces créateurs, ce sont Mattia Bonetti, designer à la solide réputation de poète iconoclaste et extravagant, qui a travaillé cette fois sans sa tout aussi célèbre associée Elisabeth Garouste; et Adeline André, une styliste dont la carrière, commencée chez Dior, est placée à l'enseigne du respect des matières et du refus de l'ornement. Pour tous les deux, c'est la première expérience d'opéra. S'agissant d'un ouvrage baroque, leur objectif a été d'en restituer le côté doré et précieux à travers une esthétique contemporaine.

Hier, lors d'une conférence de presse, Mattia Bonetti a raconté avec humour quelques incidents de coulisses dûs à son inexpérience dans le domaine des décors de spectacle: ainsi, la spectaculaire chaise à porteurs souhaitée par le metteur en scène s'est révélée beaucoup trop lourde pour être réellement portée! Adaptés à l'épreuve de la scène, décors et costumes resteront néanmoins des créations en soi. Il ne sera donc nullement incongru, affirment en chœur tous les partenaires de cette synergie inédite, de les montrer dans un musée voué à l'exploration de l'art décoratif d'aujourd'hui. D'ailleurs, après l'exposition, on envisage même de les mettre en vente.