Hormis le Balaton et les lacs scandinaves, le Léman constitue la plus grande étendue d'eau douce en Europe. Ce qui permet – soit dit en passant – de percevoir la sphéricité de la terre: une corde rectiligne tendue entre Evian et Morges passerait, au milieu du lac, à six mètres sous la surface! Du 14 au 27 septembre, les Journées du patrimoine plongent donc dans l'histoire de cette immensité lacustre et jettent des ponts entre les rives.

Depuis quatre ans, le Département des affaires culturelles (DAC) de la Ville de Genève prend prétexte des Journées européennes du patrimoine pour inciter les amateurs de monuments historiques et d'architecture à passer la frontière, dans un sens comme dans l'autre. Cette fois, c'est autour du Léman, et même sur le Léman et au-dessus de lui – grâce à des croisières et à des vols en montgolfière – que les curieux en tout genre pourront visiter, découvrir, s'émouvoir…

«Nous avons essayé, d'année en année, de ne pas être trop statiques, de nous renouveler. Mais cette fois, nous avons franchement choisi la voie du décloisonnement», s'enthousiasme Martine Koelliker. Conseillère en conservation du patrimoine architectural, attachée au DAC, elle est, depuis le début, la grande organisatrice des Journées. Cette fois, vu l'étendue de la manifestation, elle a travaillé en duo avec l'historien David Hiler.

Pour elle, cette ouverture vers d'autres lieux, d'autres domaines, correspond aussi à une forte volonté d'éviter des connotations trop étroitement identitaires. «Plus que jamais, les Journées du patrimoine devraient être des occasions de retrouver des dimensions communes entre voisins», explique-t-elle. L'échange est encore favorisé par l'échelonnement des dates. A Genève, les visites, conférences, spectacles, se déroulent sur la quinzaine du 14 au 27 septembre, avec une pointe les samedi 19 et dimanche 20. D'autant que, ce même week-end, on pourra également partir à la découverte en France. Mais déjà, on se trouvera face à des choix douloureux le week-end prochain, les 5 et 6 septembre, avec de nombreuses propositions sur la rive suisse, entre Nyon, Morges, Montreux et Vevey (voir page ci-contre).

La multiplicité de ces manifestations permettra de prendre la mesure de la richesse du sujet lémanique. Ainsi, à Genève, les organisateurs ont divisé le programme en différents thèmes. Tout un volet permet de partir à la rencontre du lac dans son entité naturelle, première, et du même coup de tous ceux qui, depuis des siècles, étudient ses mystères. Ses quelque 582 km carrés sont traversés par le Rhône, lien fluvial entre les Alpes et la Méditerranée. Ses sombres fonds – le record de 309,7 mètres paraît abyssal mais reste pourtant inférieur de plus de 100 mètres à celui du lac de Côme – et les cieux remplis d'oiseaux qui le surplombent et semblent se mêler à lui, tout cela passionne les chercheurs d'aujourd'hui comme au XVIIIe siècle.

Des sites littoraux datant de 4000 ans av. J.-C. jusqu'à la nouvelle salle de conférences construite à Genève par Ugo Brunoni au bord du lac, c'est aussi toute l'histoire du Léman urbanisé que l'on peut voir défiler de visite en visite. Entre-temps, il y a bien sûr l'invention des barrages qui ont permis de réguler les eaux du lac, la construction des demeures patriciennes et des palaces, et des quais qui en sont presque devenus, aux yeux des citadins du moins, les rives «naturelles».

Inspiratrice, la belle étendue aquatique a été peinte et dépeinte. Elle s'est étalée sur les affiches touristiques, elle a miroité devant les appareils photo et les caméras. De quoi inscrire moult expositions, lectures, représentations scéniques et projections cinématographiques aux Journées du patrimoine. Sans compter quelques intermèdes musicaux.

Les bateaux ont une place à part dans le programme. Peut-être parce que, mieux que les ponts et traversées de rade, ils tissent des liens entre les rives mais aussi entre les artistes et les artisans, les plaisanciers et les travailleurs. C'est autour de ces héros qu'aura lieu le grand moment rassembleur, populaire, de la manifestation, le 20 septembre. Les plus beaux bateaux classiques, barques à voiles latines, bateaux à roues à aubes, yachts anciens, de pêche ou de sauvetage, défileront alors dans la rade genevoise, entre Baby-Plage et la Nautique. Si le lac le veut bien, car on connaît ses sautes d'humeur! Cette parade historique croisera l'arrivée du 100e Tour de Léman en voiture. Les mécaniques devront être au moins centenaires pour participer à cette édition exceptionnelle!

Naître enfant du lac, c'est presque comme être enfant de la balle. Quand on grandit sur ses rives, on apprend à jouer dans ses vagues, à donner parcimonieusement à manger à ses cygnes, à se méfier des puces de canard…

Le jeune public a bien sûr sa place dans ses Journées, qu'on lui fasse directement découvrir les richesses naturelles du Léman ou le regard qu'un artiste comme Hodler a porté sur elles.

Enfin, deux semaines durant,

la Bulle des régions se pose au bord du lac. Depuis 1982, cette tente gonflable permet au Forum économique des régions d'organiser des débats partout en Suisse romande et même quelque fois au-delà. C'est là qu'auront lieu les séances de cinéma,

mais c'est aussi là que l'on échangera, et que l'on fera la fête au Léman!

L'île de Salagnon

Au large de Clarens, cette île doit son nom aux barques chargées de sel qui, depuis les mines de Bex, devaient y faire une étape douanière. Elle fut achetée en 1900 par le peintre Théobald Chartran, portraitiste de Roosevelt. Il fit dessiner les plans d'une villa par Louis Villard, père du chansonnier Gilles. Parmi les nombreuses anecdotes liées à l'histoire de cette île, on raconte que Guillaume III, roi des Pays-Bas, y fut mis à l'amende pour s'être baigné nu. La famille Pflüger, propriétaire depuis 1947, ouvre exceptionnellement son domaine au public. C'est, avec l'ouverture de la villa de l'ex-président sud-africain Paul Kruger, l'événement des festivités organisées conjointement par Montreux et Vevey.

Visite de Salagnon, les 5 et 6

septembre de 11h à 16h,

tél. 021/ 962 84 36.

Scaphandres

et batiscaphes

A Nyon, le Musée du Léman a inscrit son programme dans les profondeurs. Il organise un grand rassemblement de la plupart des engins scientifiques servant à l'observation du lac. Démonstration de plongée de «pieds-lourds», comme dans Le Secret de La Licorne, de caméra sous-marine et de robot-plongeur, visite du F.-A.-Forel, le sous-marin de Jacques Piccard, du Walkyrie, qui permet à Jaques Naef d'étudier les planctons, de la Licorne, bateau à partir duquel les scientifiques de l'Institut Forel pratiquent échosondages et prélèvements, etc. Et l'on pourra bien sûr visiter l'actuelle exposition du Musée, consacrée aux sciences du lac.

Musée du Léman, quai

Louis-Bonnard, Nyon,

le 6 sept., tél. 022/361 09 49.

La galère «La Liberté»

Drôle de nom pour une galère! Mais la construction de ce vaste bateau a offert une occupation temporaire et enthousiasmante à des dizaines de chômeurs depuis trois ans. Longue d'environ 55 mètres, pourvue de deux mâts gréés en voiles latines de 850 m2, elle pourra aussi embarquer de 100 à 150 rameurs pour des parades, lorsqu'elle sera mise à flot. Mais pour l'instant, elle a déjà servi de cadre à des événements culturels. Hormis la visite de cette reconstitution du patrimoine lémanique, la ville de Morges propose aussi une promenade le long de La Côte sur son bateau de sauvetage.

Morges, chantier de la galère,

rue de Lausanne 48,

les 5 et 6 sept. de 9h à 18h, embarquement pour la promenade de 10h à 16h45

au port du château,

tél. 021/804 96 50.

Cinéma et eau minérale

Evian-les-Bains propose des visites commentées de la Villa Lumière, actuel Hôtel de Ville, construite en 1887 dans le style néo-classique par le père des célèbres frères – on peut y voir d'amusants «putti» faisant du cinéma –, de la buvette Cachat, chef-d'œuvre de l'architecture thermale achevé en 1903, mais aussi de l'Eglise Notre-Dame de l'Assomption, exemple du premier art gothique savoyard, passablement remaniée au cours des siècles.

Evian, les 19 et 20 sept.

tél. 0033/450 83 10 26

Rive-Belle, une «folie»

Le meilleur des guides, l'historienne de l'art Leïla El-Wakil, fait visiter cette «campagne» que fit construire en 1834 Charles-René Pictet-Cazenove, fils de Pictet de Rochemont. Elle évoquera sans doute son beau volume cubique, mais aussi l'intérieur proche du décor d'origine. Parmi les beautés de l'endroit, les fresques néo-classiques qui ornent encore les plafonds et une salle à manger «étrusque» en camaïeu de bruns et d'ocres. La demeure appartient aujourd'hui à l'Etat de Genève et abrite le secrétariat permanent de la Cour de conciliation et d'arbitrage de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe.

Rive-Belle, Pregny-Chambésy, visites le 19 sept. à 10 et 11h,

réservation indispensable,

tél. 022/418 65 66.

Croisière du Petit-Lac

L'historien de l'art Armand Brulhart a judicieusement dessiné les rives pour que chacun des passagers du Star of Geneva puisse identifier tous les lieux qu'il évoquera, deux heures durant. Et on peut lui faire confiance pour éclairer de son savoir et de ses analyses ce paysage, singulièrement renouvelé lorsqu'il est vu du large. La végétation dissimule une bonne part des constructions évidentes à l'œil depuis la terre, alors que d'autres apparaissent soudain dans toute leur splendeur. Du paléolithique à l'époque contemporaine, cette visite devrait également permettre de se faire une idée de l'évolution du site. Il est recommandé de se munir d'une paire de jumelles.

Départ les 20 et 27 sept. à 10h

en face du monument Brunswick. Achat des billets

au kiosque du Mont-Blanc,

quai du Mont-Blanc 8.

Lacustres

C'est la passion de Pierre Corboud. Le préhistorien guide les visiteurs dans l'exposition proposée par le Département d'anthropologie et d'écologie de l'Université de Genève et le Muséum d'histoire naturelle. Des objets en céramique, en pierre et en bronze sont montrés pour la première fois. Des dessins reconstituent la vie dans les stations lacustres, telle que les récents travaux de Pierre Corboud et de ses collaborateurs permettent de l'imaginer. Pour compléter l'exposition, six points de visée superposant au paysage actuel la morphologie des rives il y a 3000 ans sont installés sur les quais.

Muséum d'histoire naturelle,

rte de Malagnou, visites les 19, 20, 26 et 27 sept. de 14h

à 16h. Points de visée

quai Wilson, débarcadère

des Pâquis, quai Gustave-Ador.

La Pointe-à-la-Bise

Pro Natura et le groupe des jeunes de «Nos Oiseaux» organisent une croisière jusqu'à la roselière lacustre. A l'aller, les commentaires présentent le paysage ainsi que la végétation terrestre et aquatique. Sur place, un sentier permet de pénétrer dans la réserve naturelle et à sa tour d'observation. Au retour, on observera les oiseaux.

Les 19, 20, 26 et 27 septembre. Achat des billets au Kiosque

du Mont-Blanc.

Histoire des sciences

A partir du Musée d'histoire des sciences, les participants visiteront la station limnimétrique de Sécheron puis s'embarqueront sur la «Neptune» avec historiens et scientifiques, pour des présentations des expériences sur le site même. Cartographie, thermométrie, explications des mini-marées lacustres observées par Saussure au XVIIIe siècle et reconstitution de l'expérience qui a permis à Jean-Daniel Colladon de mesurer la vitesse du son dans l'eau

Les 19 et 20 sept. à 9h et 14h, rés.au tél. 022/418 33 50.