jazz

Dee Dee Bridgewater, le retour en grâce

Sur un répertoire néo-orléanais revisité, la chanteuse met en veilleuse ses pulsions exhibitionnistes. Revigorant

Dee Dee, le retour en grâce

Sur un répertoire néo-orléanais revisité, la chanteuse met en veilleuse ses pulsions exhibitionnistes. Revigorant

Genre: jazz
Qui ? Dee Dee Bridgewater
Titre: Dee Dee’s Feathers
Chez qui ? (Okeh/Sony)

Un de plus dans une discographie déjà bien fournie? Vous n’y êtes pas: ce Dee Dee’s Feathers au titre léger, léger est le disque qu’on espérait depuis longtemps (ou qu’on n’attendait plus, c’est selon). S’y exprime à nouveau dans toute l’étendue de son talent une chanteuse dont on a pu se désoler de voir l’immense potentiel dilapidé au gré d’incongruités à peine dignes d’une allumeuse cabotine et exhibitionniste. C’est qu’à un sens de la scène inné, qui n’a jamais nui à personne en jazz, Dee Dee Bridgewater a progressivement substitué un goût de la surenchère, bruyamment plébiscité par un public pas toujours à même de distinguer entre prouesses vocales porteuses et pitreries racoleuses. Rien de tel ici (ou presque: ses vieux démons la reprennent tout de même dans un «New Orleans» à moitié clownesque): épaulée par le très correct New Orleans Jazz Orchestra du trompettiste Irvin Mayfield, qui ouvre une petite fenêtre nostalgique sur ses débuts au sein du big band de Thad Jones-Mel Lewis, elle garde un contrôle artistique à peu près total sur ses interprétations, au lieu de se laisser entraîner par elles vers un n’importe quoi spectaculaire. Une maîtrise compatible avec le lâcher-prise extraverti, quand elle unit sa gouaille à celle de Dr. John ou qu’elle s’éclate dans une reprise du thème de la série «Treme». Ajoutons-y des versions intelligemment décalées de «Saint James Infirmary» ou «Do You Know What It Means» et on obtient ce que les attachées de presse appellent une «vision moderne de La Nouvelle-Orléans», à la fois familière et très éloignée du repli passéiste.

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