D’abord, choisir le livre. Cela peut durer des heures, pour peu que l’on s’attarde ici sur la quatrième de couverture, là à feuilleter quelques pages. Puis se débrouiller pour que notre silhouette prolonge l’image sélectionnée. Zut, j’aurais adoré me glisser dans la peau de Gainsbourg, mais je ne porte plus de chemise en jean depuis longtemps. Pratiquer le «bookface» est tout un art, un défi que nous avons lancé à nos lecteurs début octobre.

Novice ou expert

Gabriel Jeanneret, trentenaire urbaniste à Yverdon-les-Bains, emporte le concours avec une pose derrière La Boîte noire, de Tonino Benacquista. Nous avons aimé la fraîcheur du mélange dessin et photographie. L’auteur, qui n’est pas coutumier de ce genre de clichés, admet s’y être repris à plusieurs fois.

«Je ne connaissais même pas le terme de «bookface» avant mais, étant passionné de photographie, j’avais envie de participer à votre concours. J’ai choisi ce livre pour la couverture, mais à l’intérieur, une nouvelle évoque la question de la mémoire. Je trouve ce thème particulièrement pertinent quand on parle de photographie. Moi qui aime retrouver de vieux portraits de famille, je me demande souvent ce que deviendront mes images stockées sur un disque dur. Alors je fais régulièrement de l’argentique. Comme je lis des livres en papier!»

Christian Allemann au contraire, est un professionnel du «bookface», un bibliothécaire passionné dont les fils Facebook et Instagram ont contribué à populariser la démarche, dans la lignée de celle qui avait touché les pochettes de vinyles. Le Genevois, employé à la bibliothèque de la Servette à Genève, découvre la pratique, portée par ses homologues d’outre-Atlantique, en 2014. Depuis, il organise régulièrement des séances de prises de vue, à la bibliothèque et en dehors. «Cela met en valeur le livre et renforce le lien avec les usagers. Et puis il y a un côté ludique et théâtral qui sort du quotidien parfois plan-plan d’un bibliothécaire», analyse le quadragénaire. Une manière aussi d’offrir visibilité et coup de jeune aux bibliothèques sur les réseaux sociaux.

Une histoire derrière le cliché

Prenant ses collègues comme modèles, Christian Allemann alimente souvent le #bookfacefriday sur Instagram, nourri le vendredi par des bibliothécaires du monde entier. Il a tenu un studio au Salon du livre et plus récemment à No’Photo, la première nuit des images genevoise, où ce cliché a été réalisé. «J’avais quelques caisses d’ouvrages présélectionnés puis chacun choisissait la couverture qui lui correspondait le mieux. Il y a une histoire derrière chaque cliché. Pour celui-ci, je me souviens que le couple s’est embrassé derrière le livre!»

Maurizio Geremia, enfin, offre un touchant visage mi-homme mi-femme. Il a pris cette image à Genève «un jour gris et froid du mois d’août». «Mais heureusement, note-t-il, les livres sont là pour remonter le moral et ne «pas pleurer». Voire s’amuser.