Les images télévisées des mouvements de foule autour de la dépouille du général Soleimani, juste après son assassinat, avaient quelque chose de frappant et de dérangeant à la fois. Frappantes, elles l’étaient du simple fait qu’on n’a plus guère l’habitude d’assister à un tel déchaînement d’émotions collectives autour d’un seul individu, comme si le sort de tout un peuple en dépendait intimement.

Mais ces mêmes réactions, une fois passé le moment d’étonnement, ont vite fait de mettre mal à l’aise: Soleimani, si adulé aujourd’hui qu’il est mort, n’était-il pas hier le symbole de la violence politique à l’œuvre dans la République islamique d’Iran, celui qu’on accuse d’être derrière la répression meurtrière des manifestations de l’automne dernier? Comment est-il possible que ceux qui l’avaient conspué ou avaient subi les balles de ses milices quelques semaines plus tôt se retrouvent devant son cercueil, communiant dans le chagrin avec le reste de la population?