Franck, le narrateur, est anéanti dès la première page. Par la «maladie», sa dépendance aux opiacés. Par ses souvenirs, refluant par vagues boueuses. Par sa vie, réduite à la violence, la perte, la destruction. Muse clairvoyante et maléfique, l’héroïne a souvent inspiré la littérature. Elle injecte le vertige du risque, fixe le prix du plaisir et dilue l’impossible satisfaction du désir. Aucune de ces coquetteries n’habille le roman noir d’Eric Maravélias. Récit urbain, peinture hyperréaliste et autobiographique de la condition du toxicomane, La Faux soyeuse n’a rien du romantisme des fumeries du XIXe. A condition de s’accrocher, cette lecture est un témoignage nécessaire.

A l’ombre des barres d’immeubles

A la fin des années 1970, Franck est un ado enthousiaste. Il aime Carole, il traîne avec sa bande: Clarence, Hamp, Traoré, Titi, Stephen. Les petits monstres du 9-2. Ensemble, ils gravitent à l’ombre des barres d’immeubles de cette banlieue parisienne, s’inventent une débrouille joyeuse. Mais bientôt, les tours de béton sont les seules à pointer vers le ciel: la Faux soyeuse est une grande Faucheuse où tout converge vers la chute. Ceux qui ne meurent pas d’une overdose succombent au sida. D’autres tombent pour de mauvais braquages ou de sales embrouilles. Les amitiés les plus fidèles, les amours les plus folles ne résisteront pas au règne animal de la came. Entre les premières défonces mystiques et le sursis des derniers shoots, le sang s’est tari dans les veines de Franck. Il sauvera les dernières gouttes pour cracher son histoire.


Eric Maravélias, «La Faux soyeuse», Folio Poche, 336 p.