Il y eut le Minitel, vite oublié. Il y a Internet, les banques de données et ces innombrables réseaux des compagnies de télécoms, de banques, d'assurances, des polices… Il y a ces jeux vidéo qui envahissent les consciences et accaparent les loisirs des travailleurs; il y a aussi cette sexualité interlope qui se nourrit déjà d'un virtuel business…

Cet univers urbain et débridé, c'est celui du cyberpunk, avec lequel les jeunes auteurs français flirtent sans tabou. Voir le Rézo de Laurent Genefort (Fleuve noir), thriller hyperviolent sur la chasse à l'information – vitale, bien sûr – dans un monde où les frontières du réel sont dépassées depuis longtemps. Le jeune Guy Thuiller, avec Le Dixième Cercle (J'ai lu), s'interroge quant à lui sur la dangereuse boulimie des fanatiques de jeux vidéo on-line, plus vrais que nature… Chez l'éditeur Baleine, à côté de la série polar du Poulpe, on verse aussi dans le cyber avec Macno, orchestrée sur le même principe que le Poulpe: tous les auteurs qui comptent sont convoqués autour d'un personnage récurrent – en l'occurrence, Macno, l'ordinateur pensant du futur chargé de semer la zizanie dans le monde lisse du politiquement correct.

Enfin, après Eugène Sue et Léo Malet, Roland C. Wagner sirote les Futurs Mystères de Paris (quatre volumes au Fleuve noir) grâce à Tem, enquêteur ronchon qui arpente la capitale en 2063, croise des sectaires hallucinés et des cyberflics évidemment louches en jouissant de deux privilèges non négligeables: la possibilité de se rendre invisible et la possession d'un borsalino vert fluo tellement old fashioned.