En slip de bain, le tuba déjà ajusté, un zigoto déconfiné court avec enthousiasme vers la mer. C’est un mur de flammes rappelant les incendies de forêts en Australie, le napalm sur le Vietnam et autres feux destructeurs. C’est «Un nouveau monde» représenté par Noyau d’une gouache énergique. C’est une des 18 affiches qui vont apposer dès demain une touche de couleur sur les murs d’une quinzaine de villes romandes (Bienne, Bulle, Carouge, Delémont, Fribourg, La Chaux-de-Fonds, Lancy, Lausanne, Martigny, Meyrin, Morges, Neuchâtel, Porrentruy, Sion, Vevey, Yverdon-les-Bains), ainsi qu’à Bâle, ville voisine de Delémont réputée pour son Cartoonmuseum.

Quand la menace de la pandémie s’est précisée, Delémont’BD, comme d’autres manifestations culturelles, a eu «du mal à lâcher l’affaire». En discutant avec le responsable du festival d’Amiens, Philippe Duvanel, directeur artistique du festival jurassien, a compris que «la BD, on ne la verrait pas cette année». En cherchant une alternative, il a eu l’idée «libératoire» de l’affiche: «On revient au papier!» Car la bande dessinée se lit sur papier, comme le cinéma se regarde sur écran. Les dérivatifs électroniques ne sont que des pis-aller.

Un recueil collector

Philippe Duvanel contacte 18 dessinateurs romands, artistes confirmés ou en devenir: Albertine, Anda, Alex Baladi, Adrienne Barman, Hélène Becquelin, Buche, Pitch Comment, Debuhme, Cécile Giovaninni, Mariemo, Noyau, Frederik Peeters, Pierre Schilling, Tom Tirabosco, Fanny Vaucher, Valott, Vamille et Pierre Wazem. Il leur passe commande d’une affiche au format mondial. Il suit de près l’opération pour éviter d’éventuels doublons ou des motifs susceptibles de ne pas passer l’épreuve de la rue. Il voulait quelque chose qui gratte et démontre la richesse de la bande dessinée suisse: il n’est pas déçu. Il espérait des choses positives: nombre d’élus l’ont prévenu que leur vision du nouveau monde serait anxiogène.

Certains dessinent avec des crayons de toutes les couleurs leurs rêves de lendemains qui chantent, d’autres leurs peurs. Tirabosco rêve d’un grounding ad aeternam reconvertissant les avions de ligne en bars conviviaux. Fanny Vaucher convoque tous les animaux de la création à une conférence sur la paix. Adrienne Barman décline la fable du lièvre et de la tortue avec le léporidé véloce dans le rôle du consommateur compulsif. Hélène Becquelin imagine que tous les cartons de livraison des commerces en ligne servent à construire une arche. Et Buche esquisse une cité idéale, mais attention au détail qui tue… Le recueil collector des œuvres est vendu au profit de la SCAA (Swiss Comics Artists Association).