Des concerts comme celui-là, on en voudrait tous les soirs. En pleine réflexion sur les nouveaux formats à explorer pour renouveler et fidéliser le public, les milieux classiques cherchent des offres nouvelles. L’Orchestre de chambre de Genève (OCG) a ouvert sa saison avec une soirée qui répond très joliment aux attentes. En entrée, un cocktail dînatoire assis, dans le beau hall du BFM. Le pré-concert très convivial et pratique reste à peaufiner en fonction des tarifs et des propositions. Mais il représente un véritable atout à développer. En plat de résistance, une affiche très bien conçue. Le chef Arie van Beek a tendu des liens habiles entre Bartók (2e Suite), Brahms (Danses hongroises no 1, 3 et 10) et Ligeti (Concert Românesc). L’orchestre, compact et porté par une énergie bien cadrée, a tenu le cap hongrois avec conviction.

Rencontre: Lucienne Renaudin Vary, sur les ailes du désir

La première œuvre d’un jeune Bartók de 25 ans digère les influences du passé et du folklore dans une écriture encore très classique. Après un Brahms festif tenu droit, Ligeti, lui aussi jeune, rassemble les mêmes accents et élans que son illustre compatriote. Une intelligente mise en perspective, rondement menée. En dessert, un concert de jazz par la même soliste classique. Jeune phénomène de la trompette, Lucienne Renaudin Vary est une libellule. Virevoltante, au jeu mobile comme une plume au vent, elle puise dans l’énergie de son corps une dynamique et une souplesse de lignes qui semblent la continuation de sa voix. Ses nuances sont libres, fines et guidées par un souffle long et une musicalité hypersensible. Quelques petites sorties de route ne changent rien à l’affaire: la soliste se donne totalement.

Du célèbre Concerto de Haydn aux standards et improvisations de jazz donnés en bis puis en deuxième partie digestive, la musicienne révèle une clarté et un engagement de jeu incroyables. Même si on est loin des dérives sublimes de Chet Baker – son dieu – ou Miles Davis, Lucienne Renaudin Vary avance à cru, pieds nus et tenue noire gazeuse pour le classique, bottines rock et pantalons de coton ciré noir pour le jazz.

Encore un rien sage mais déjà inspirée, sa générosité musicale n’a pas de limites. Qu’elle chante de sa voix légère (Everything Happen To Me), joue ou siffle (Parking Lot Blues, Close Your Eyes and Listen, My Funny Valentine, Mack the Knife, Sunny), elle charme sans forcer. Il faut dire que le pianiste Gregor Ftičar, le contrebassiste Matyas Szandai et le batteur Paolo Orlandi, invités par l’entremise de l’AMR, l’entourent de manière aussi délicate que sûre et affectueuse. Repas, classique et jazz: aucune fausse note dans ce trio gagnant.