On dirait un couple de clowns échappés d'un film muet. Ils sont tous les deux longilignes, si grands et si maigres qu'ils en ont l'allure maladroite, gauche. Fiona et Dom s'aiment, de cet amour éternel. Catastrophes ambulantes, danseurs de Rumba, ils se frottent à la vie...

Le scénario, dans Rumba, au fond importe peu. La narration est simple. Ce qui compte pour le trio de réalisateurs belges, Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy, c'est le langage du corps. Une expression corporelle mise au service du burlesque dont le film regorge. Tout passe par les mimes, les regards, la crispation d'une bouche, le rictus d'un sourire, l'étonnement des sourcils. Le son est lui aussi essentiel. Devant Rumba, on pense avec bonheur et délectation au cinéma de Jacques Tati ou Pierre Etaix. On jubile devant ce mélange de cinéma populaire, drôle, sincère, et de cinéma d'auteur. Fiona et Dom (couple à l'écran comme à la ville) possèdent en eux cet optimisme inépuisable qui rend toute situation cocasse ou dramatique hilarante. La mise en scène est capitale et donne au film sa raison d'être.

Effets de surprise

Rumba est une succession de tableaux fixes, très colorés, qui permet de jouer avec les entrées et les sorties des personnages, de créer les effets de surprise que l'on retrouve au théâtre, et de s'amuser avec les arrière-plans, nombreux et drolatiques. Ainsi cette scène où l'on aperçoit par la fenêtre Dominique donner un cours de gymnastique plutôt spécial à ses élèves tandis que Fiona, au premier plan, s'échine à ramasser son sac avec ses béquilles pendant dix bonnes minutes. L'immobilité du cadre intensifie ainsi le contenu et l'image. Les réalisateurs s'amusent même à insuffler une touche de surréalisme ici ou là, plongeant plus loin dans la rêverie.

L'exercice du film bricolé a pourtant une limite et la succession même de ces tableaux finit par lasser dans la dernière partie. D'un format pourtant relativement court (1h17), Rumba tourne légèrement en rond et l'on aurait volontiers coupé une ou deux scènes au montage pour échapper à ce sentiment de déjà-vu et de lassitude qui pointe alors subtilement le bout de son nez. Les noms de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy, dont c'est ici le second long-métrage après L'Iceberg en 2006, restent cependant des noms à retenir. Un trio belge qui rappelle un autre trio fameux composé de Remy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde, les auteurs de C'est arrivé près de chez vous.

Rumba, de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy (Belgique, 2008), avec Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy, Philippe Martz, Clément Morel. 1h17.