Bertrand Chamayou n'a rien d'une bête à concours. A bientôt 25 ans, le voici propulsé au rang d'étoile montante. Ce jeune pianiste toulousain vient de décrocher une Victoire de la musique en France («Révélation soliste instrumental»), lui qui court déjà les festivals (Roque-d'Anthéron, Folles Journées de Nantes...), donne des concerts à l'étranger et pratique la musique de chambre avec des pointures comme Augustin Dumay, Renaud et Gautier Capuçon, ou le Quatuor Ysaÿe.

Dimanche après-midi, il ouvrait la série «Piano at four», dévouée aux jeunes talents du clavier, à la chapelle de Gstaad. Il a fait forte impression, malgré un Steinway aux dimensions modestes. Car il en faut, des doigts, pour dompter les Etudes d'exécution transcendante de Liszt. Ce recueil, Everest de la littérature pour clavier, exige une précision du diable. Mais cela ne suffit pas. Bertrand Chamayou l'a compris, qui tisse des lignes polyphoniques dans un entrelacs particulièrement touffu. Ses doigts de fée, au délié saisissant, font merveille dans «Feux follets». Le piano devient large et puissant dans «Chasse sauvage», au lyrisme enflammé.

Comme beaucoup de pianistes actuels, Bertrand Chamayou prône un ton intimiste dans Mozart. C'est une qualité, mais aussi un défaut. Ce qu'il gagne en délicatesse, il le perd en relief, notamment dans l'«Allegro» initial de la Sonate K.333 qui pourrait être joué de manière plus drue. Il faut attendre le mouvement final, ponctué de magnifiques envolées à la main droite, pour qu'il se déboutonne. La pédale, dont il abuse parfois, ainsi que des «ritardandos» superflus, entachent une interprétation réfléchie.

Bertrand Chamayou attache une grande importance à la musique contemporaine. C'est par elle, à 7 ans, qu'il est entré dans le monde des sons. En création, il joue une pièce du compositeur en résidence Wilfried Maria Danner. Gestes hachurés, dissonances un peu faciles contrastent avec de jolies taches harmoniques dans cette Lugubre gondola, silhouette fantastique ombragée à l'influence ouvertement lisztienne. Rien de transcendant. Enfin, le pianiste dissèque avec bonheur le caractère évanescent du Poème nocturne de Scriabine, pièce avant-gardiste, suspendue comme un point d'orgue.