roman

Délire baroque et tropical

José Eduardo Agualusa, auteur angolais, fait voler ses anges noirs autour de la terrible Lua

Genre: Roman
Qui ? José Eduardo Agualusa
Titre: Barocco tropical
Trad. du portugaispar Geneviève Leibrich
Chez qui ? Métailié, 276 p.

Dans Le Marchand de passés (Métailié, 2006), l’histoire était vue d’en haut, racontée par un gecko. Ce Barocco tropical , extrêmement baroque et bien tropical aussi, est lui aussi sous le signe de la verticale, de haut en bas. A la première page, c’est une femme qui tombe du ciel, pendant que sous la pluie, dans la tempête, une autre s’éloigne, d’une marche rapide qui fait onduler les ailes tatouées dans son dos. Il y a beaucoup d’anges noirs dans ce roman de l’Angolais José Eduardo Agualusa. Núbia, ex-Miss Angola, prophétesse et provocatrice, jetée – par qui? d’un avion? – sur la terre rouge; Kianda, la belle chanteuse tatouée; les Congo Twins, Esaü et Jacob, couturiers de génie si minuscules qu’un ascenseur peut leur servir de logement; Ramiro, enfant mutique et visionnaire, qui peuple les murs de la ville de fresques plus vraies que la réalité qu’elles subliment; Mae Mocinha, vieille prêtresse du candomblé, venue du Brésil retrouver les origines de son art, qui règne sur le bar L’Orgueil grec . Et toute une galerie de personnages pittoresques qui se présentent tour à tour. Au centre, un documentariste, le narrateur principal, Bartolomeu Falcato, autour duquel volent tous ces anges noirs, au risque de lui faire perdre la raison.

Mais la véritable héroïne de ce Barocco, c’est Luanda, São Paulo da Asunção de Luanda, dite affectueusement Lua, capitale-monstre, au centre de laquelle se dresse, en 2020, temps du roman, la Termitière. Cette tour hypertrophique, jamais terminée, conçue par une architecte hallucinée, cache dans ses sous-sols une faune de bas-fonds comme les grandes villes du tiers-monde en sécrètent, tandis que les étages supérieurs abritent les élites corrompues. Pour être à la hauteur de ce délire social et urbanistique, Agualusa se laisse aller à un lyrisme tropicaliste qu’il tempère avec humour par des inserts où il joue avec la langue. Ces à-côtés introduisent une ironie et une distance qui ne donnent que plus de force à ce récit où règne la Peur avec majuscule. Une terreur qu’on ne peut exorciser que par le recours à la magie ou à la dérision.

Lyrisme tropicalistetempéré par l’humour

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