Les compositions picturales de Delphine Sandoz présentent un curieux alliage de zones traitées de manière abstraite, où les teintes, leur juxtaposition, les mélanges et les superpositions, sans oublier les coulures, sont à la fois séduisants et vaguement rebutants, et de parties figuratives. Y apparaissent des visages, plus que des visages, des têtes, sur le support du cou. Mais des têtes renversées, couchées comme des quilles, ou carrément à l'envers.

Domiciliée à Lausanne, après avoir suivi l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, l'artiste travaille à la peinture acrylique, qui permet la rapidité du séchage, la matité, des ajouts francs. Tout le mystère des toiles tient dans cette apparition, insolite, de figures aux yeux caves et mélancoliques, figures parfois à peine brossées, si bien qu'on ne sait pas toujours s'il s'agit d'hommes, de femmes ou d'enfants. Mais non, l'énigme est encore ailleurs: elle tient dans la présence de récipients, tasses et bols, eux aussi à peine esquissés. Des tasses qui évoquent le «tea time», ce moment de paix et de tradition bien éloigné des frénésies de la vie moderne, et dont semble sortir, au lieu du filet de fumée, au lieu du nuage de lait... une tête. Ou deux têtes, semblables à des œufs dont la pointe se toucherait.

Visions ingrates, et pourtant belles, d'un métier que Delphine Sandoz conçoit comme un don. Vous voulez voir de la peinture, semble-t-elle nous dire, en voilà, des plages colorées, des nuances, des transitions, de superbes agencements chromatiques, et puis voilà aussi, si vous y tenez, un sujet, un sujet humain arraché des profondeurs de l'âme, ou des entrailles. Les tonalités, rose passé, bleu cobalt, brun, rendues plus profondes par des rehauts de noir, contribuent à rendre plus opaque la démarche. Opaque, mais séduisante.

Delphine Sandoz, peintures. Galerie Ligne Treize (rue Ancienne 15, Carouge, tél. 022/301 42 30). Me-ve 14-18h30, sa 11-17h. Jusqu'au 17 mai.