Delphine Schacher, le documentaire subjectif

On l’a croisée tout au long de l’année. Au festival Circulation(s), à Paris, consacré à la jeune photographie européenne. Elle y présentait ses portraits de jeunes filles roumaines et cela lui a valu les éloges de la presse. Dans une exposition collective sur la nouvelle génération de talents locaux au Salon du livre, à Genève. Comme lauréate du Prix artistique de la Ville de Nyon ou du Prix SFR jeunes talents pour cette même série roumaine, intitulée Petite Robe de fête. Delphine Schacher a participé à l’Enquête photographique valaisanne, livrant un très beau travail documentaire sur un couple de vignerons pratiquant la biodynamie. Cette «mécanique céleste» est actuellement exposée au PhotoforumPasquArt dans sa sélection annuelle.

Tout juste diplômée de l’école de Vevey, Delphine Schacher a entamé ses études photographiques à 30 ans, après quelques années passées comme assistante de production à la télévision. Est-ce cela? Son regard semble à la fois assuré, serein et bienveillant. Amatrice de portraits et de natures mortes à haute valeur onirique, la jeune femme s’inscrit dans la tradition de la photographie documentaire, avec une subjectivité assumée. Après une série sur l’entreprise familiale de scierie, à Begnins, mêlant ses images à des documents d’archives, elle a livré en 2012 un travail joliment intitulé Ne prenez que des photographies, ne laissez que des empreintes. «Mon grand-père, atteint d’Alzheimer, avait un chalet au fond de son jardin, il y allait souvent. Ce cabanon était rempli d’objets incongrus, je les ai photographiés comme les pièces d’un puzzle, le restant d’une vie», explique la Vaudoise. Pour la Petite Robe de fête qui l’a fait connaître, elle a donné un vêtement de gala aux jeunes filles d’un village de Transylvanie, avant de réaliser leur portrait. Etonnant contraste entre la belle en fourrure aux yeux clairs et la poule noir et blanc. Et toujours ces coups d’œil obliques, sur un rideau fatigué, une casserole qui attend son heure, un cheval dans le jardin.

Pour 2015? Pro Helvetia vient d’offrir 5000 francs à Delphine Schacher pour mener un projet photographique autour des cabanes d’ouvriers dormant au pied du Lignon. «J’aime la photographie documentaire car elle a un ancrage dans la vie qui permet des rencontres et des histoires. Je préfère partir d’une matière et la décaler plutôt que d’avoir à tout inventer», plaide la jeune femme.

«Je préfère partir d’une matière et la décaler plutôt que d’avoir à tout inventer»