Dans les récits insolites de La Reconquête (Zoé, 1991), Hohler dépeignait déjà les menaces qui planent sur une civilisation faisant fi des pouvoirs destructeurs de la nature. La nouvelle Le Déluge de pierre (Steinflut, Luchterhand 1998) reprend ce thème. Dans la perspective de la petite Katharina, 7 ans, elle évoque dans le détail les circonstances qui précédèrent la catastrophe d'Elm, ce village glaronais détruit en automne 1881 par l'effondrement d'un pan de montagne. Avec une intelligence vive, la fillette prête attention aux conversations des adultes, à ce qui dans leurs comportements et ceux des bêtes suscite soudain la défiance. Autour d'un événement authentique, Hohler imagine une situation individuelle, des mentalités, des impératifs économiques et sociaux pouvant expliquer la coupable inaction des hommes face à des dangers qu'ils veulent ignorer. Le ton familier et, çà et là, un excès de pittoresque ne masquent pas le sérieux de sa mise en garde. Et les signes précurseurs du cataclysme, que l'auteur suggère mais se refuse à décrire, ménagent dans ce récit habilement prémonitoire un plaisant suspense.