Une cordelette dorée autour de la taille. C’est le détail qui aimante le regard sur la silhouette élancée d’Anne-Lise Weinberger, 27 ans. «Je l’ai achetée au mètre dans l’une des nombreuses échoppes de tissus tenues par des Indiennes à Shepherd’s Bush», explique la jeune femme à la double nationalité suisse et britannique qui a grandi à Genève.

Avec son teint nude, ses leggings noirs, sa robe trouvée à Broadway Market, ses ballerines, son sac et son trench Burberry, Anne-Lise Weinberger correspond, en plus joli, à l’idée du style «so british» dont Kate Moss est le porte-manteau. L’image est d’autant plus parfaite avec un Pimms dans la main, ce cocktail quintessentiellement anglais aux fraises et concombres qui se sirote à l’apéro dans la capitale britannique. Entourée de maisons blanches avec entrée à colonnade imposante, la terrasse du pub de South Kensington où Anne-Lise a fixé son rendez-vous est peuplée de trentenaires et quadras branchés qui fument et qui boivent dans une cacophonie enjouée. Parmi eux, des Britanniques, mais surtout des Français – ils sont plusieurs milliers à vivre dans le quartier. Comme eux, Anne-Lise Weinberger habite à deux pas, en colocation avec deux Suisses: un trader en matières premières et un consultant en stratégie. «On rencontre de nouvelles personnes chaque semaine. Mes amis sont d’origine multiculturelle et travaillent dans des domaines variés, dans l’événementiel, la mode, la finance, les médias, la musique ou l’art.»

Etudiante en design de mode

Vivre à Londres était pour elle depuis longtemps une évidence. Pour le buzz de la capitale où tout lui semble possible. Pour renouer avec ses origines, aussi. Anne-Lise a donc posé ses valises chez sa tante, à Richmond, en octobre 2007, sitôt ses études à l’Ecole des hautes études commerciales de Genève terminées. En quelques mois, elle trouve un job dans l’événementiel qui lui permet de partager un appartement avec quatre Anglais et de s’immerger dans les soirées branchées de la capitale. Après une réorientation, elle devient cheffe de projet marketing dans une société de conseil financier épargnée par la crise, deVere Group. Mettre en place des campagnes, voilà qui lui plaît bien.

Mais sa vie londonienne prend vraiment son sens trois soirs par semaine, quand Anne-Lise Weinberger rejoint les bancs du Chelsea and Kensington College où elle apprend le design de mode. Avec une poignée d’autres étudiantes qui, comme elle, se forment sur le tard. En Suisse, ce genre de carrière lui semblait vain. Mais ses études en marketing ne l’ont pas empêchée d’aiguiser son regard et de dessiner des vêtements pendant les vacances, notamment grâce à un cours d’été suivi à la Central Saint Martins College de Londres en 2003, l’école de référence qui a vu sortir de grands talents comme Stella McCartney ou Alexander McQueen. «J’ai assez vite compris qu’ici, tout est possible. La demande de créativité est permanente et sans limite. Chacun a sa chance dans la mode s’il a du talent et un bon réseau.»

«Je suis accro aux vibrations de la ville»

Depuis quelques mois, elle cogite sur la création d’une marque en association avec d’autres étudiantes. Ni son identité, ni sa première collection n’est encore définie, mais la jeune femme semble déterminée à lancer des prototypes d’ici à quelques mois. Il faut dire qu’ici, les nouveaux labels de mode naissent très vite. Certains cartonnent, surtout lorsqu’ils sont associés à des icones de style, comme les collections de Kate Moss pour le magasin Topshop. Ou la ligne Jezebel que Jade Jagger promeut lors de soirées semi-privées données dans des lofts. «Je suis accro aux vibrations de la ville. Tout est plus intense: les rencontres, les défis, les événements.»

L’énergie londonienne, Anne-Lise Weinberger aime s’en imprégner avec le vélo de seconde main qu’elle vient de s’acheter. En moins de 30 minutes, elle rejoint le marché de fleurs Columbia Road à l’est de Londres où elle perpétue la tradition des «Sunday Roast» dans le célèbre pub gastronomique Royal Oak. «En pédalant, je suis tombée par hasard sur l’ambassade de Pologne devant laquelle beaucoup de Polonais se recueillaient. C’est l’avantage du vélo par rapport au métro, on découvre des scènes inattendues.» Des miles, elle compte bien en faire des milliers sur le bitume anglais ces prochaines années. Carrière, amour, enfants, c’est à Londres qu’elle compte écrire la suite de son histoire. Et se faire, peut-être, un joli nom dans la mode.

Demain: Rencontre avec Monica Deac, cardiologue entre la Suisse et Londres