Demis Roussos, l’enfant entêté d’Aphrodite

L’artiste était un obsédé du cœur

Pour beaucoup, sa voix est un slow. La nuit s’étiole et Demis Roussos se répand. La pluie, les larmes, vous vous sentez d’ici et d’ailleurs, le cœur moite – un peu –, la tête ailleurs. Il fut un temps où Demis Roussos, qui s’est éteint dimanche à Athènes, à 68 ans, était un(e) vague à l’âme.

D’où vient le charme de Demis Roussos, de son vrai nom Artémios Ventouris Roussos? D’une sentimentalité extrême peut-être, celle de ce premier tube, Rain and Tears, qui tourne les têtes en 1968. Il a 22 ans, il fraternise avec Vangelis au sein du groupe Aphrodite’s Child et il débarque à Paris. Avec sa barbe de corsaire, son visage énamouré, ses épaules flegmatiques, sa voix en clair-obscur, il plaît. En ce temps-là, on est séditieux, pop et yé-yé.

On s’arrête un instant. Et on écoute We shall dance , cette autre romance qui fait sa fortune en 1971. On le revoit, son aube de grand prêtre, ses mains de tragédien, dans un flot vaporeux de lumière. Kitsch? A la folie. Entendez son timbre, douceâtre jusqu’à l’écœurement. Mais ça marche. Il prend du volume, devient une figure de la télévision. Son personnage de ténébreux, ses élégies qui tournent en boucle dans le transistor – se souvenir, ou pas, de Good-bye My Love, de I need you, de Quand je t’aime – nourrissent sa popularité. Près de 60 millions d’albums en témoignent.

Demis Roussos est mort un dimanche d’élections à Athènes. Il n’aurait pas voté Alexis Tsipras, a cru bon de préciser sa fille au Figaro. Au cinéma, il fait une apparition en 2013 dans Tu honoreras ta mère et ta mère, de Brigitte Roüan. Il y joue un pope qui chante. Dans ce chant sacré, il y a comme un écho à son enfance à Alexandrie, à ces jours où il se fond dans le chœur de l’église orthodoxe. La barbe de l’archange est devenue sur le tard prophétique. Une canne, un chapelet achèvent le chromo. Ainsi passent les enfants d’Aphrodite.