Saison

D’Emmanuelle Béart à Augustin Rebetez, les nouvelles perles du Théâtre de Vidy

A la tête de la grande maison lausannoise, Vincent Baudriller annonce une nouvelle saison riche de quelque 27 spectacles jusqu’en janvier. L’offre est aussi luxuriante qu’excitante. Nos conseils

Audrey Bonnet, Emmanuelle Béart, Alain Platel à Vidy

Le directeur de la maison, Vincent Baudriller, propose une nouvelle saison captivante

Jusqu’en janvier, près de 27 spectacles sont prévus. Sélection très arbitraire en cinq visages

Anne Teresa de Keersmaeker, Emmanuelle Béart, Denis Podalydès, Audrey Bonnet, Simon McBurney, Alain Platel, mais aussi le romantisme foutraque du Jurassien Augustin Rebetez. La deuxième saison de Vincent Baudriller à la tête du Théâtre de Vidy donne envie que l’été passe en coup de vent. Elle a de l’allure, des arêtes, des éclats. Elle est tournée vers le présent, mais elle est aussi classique dans son souci d’honorer des artistes qui sont des jalons dans une vie de spectateur. Mardi, devant la presse, Vincent Baudriller dit qu’il n’est plus «le nouveau directeur de Vidy», mais qu’il est «un jeune directeur de théâtre.» Il énonce ça sans forfanterie. Pendant dix ans, il a codirigé le Festival d’Avignon, cette drogue de juillet qui donne des hallucinations. Mais une maison, c’est autre chose, raconte-t-il encore: c’est une gestation, un accouchement, un ventre qui vibre.

Appétit d’ogre? Comme René Gonzalez naguère, Vincent Baudriller voit grand: quelque 27 spectacles entre septembre et janvier, qui dit mieux? Son ambition? Que le Théâtre de Vidy soit traversés par tous les courants qui font la Suisse – courants linguistiques, culturels –, qu’il œuvre avec les institutions locales et régionales – la Cinémathèque, l’Arsenic, comme le festival La Bâtie à Genève. Et qu’il soit le point de chute naturel d’un certain nombre de créateurs européens. Radical, dites-vous? Pas tant que ça. Anne Teresa de Keersmaeker est ce qu’on appelle une classique contemporaine. Tout comme son compatriote Alain Platel.

N’empêche que Vincent Baudriller dit avoir pris en compte le désarroi d’une partie du public exprimé pendant sa première saison. Désormais, les créations feront l’objet d’une introduction, histoire d’outiller l’amateur. Reste que la richesse de l’offre peut déboussoler. S’il ne fallait retenir que cinq visages, quels seraient-ils?

Alain Platel, d’abord. Parce qu’il ouvre la saison de Vidy au Théâtre du Jorat, trois soirs, du 4 au 6 septembre. Parce que cet ex-psychologue inventorie nos différences sans jamais s’apitoyer, en chaman mélomane. Parce qu’il a signé ces vingt-cinq dernières années quelques-uns des plus beaux spectacles qu’on ait vus, Gardenia par exemple, l’histoire de huit travestis troublants comme des lions au crépuscule. Là, il renoue avec son complice Frank Van Laeke pour trousser une histoire de fanfare, En avant marche!

Pascal Rambert, parce qu’il aime les acteurs et qu’il écrit pour eux – du 30 septembre au 9 octobre. L’écrivain et metteur en scène français est souvent inspirant. Mais que dire des acteurs qu’il réunit pour ses deux spectacles, Répétition et Clôture d’amour – à l’affiche naguère à Genève (lire LT du 3 novembre 2011)? Jugez: Stanislas Nordey, Denis Podalydès, Emmanuelle Béart, Claire Zeller et ce feu de lune qu’est Audrey Bonnet. C’est le genre d’actrice qui donne le goût du théâtre.

Yann Duyvendak, parce qu’il sème le trouble en allumeur de réverbères – du 27 au 31 octobre. Cet artiste né aux Pays-Bas a appris à détraquer les mécaniques à l’Ecole cantonale des beaux-arts de Sion, puis à l’Ecole supérieure d’art visuel à Genève. Il s’est pris de passion pour la comédie musicale au point d’en concevoir une, Sound of Music, joyeuse et dubitative à la fois. Il a commandé un livret à l’écrivain Christophe Fiat, une musique au compositeur Andrea Cera et une chorégraphie à Olivier Dubois. Il promet «une comédie musicale, spectaculaire, absolument éblouissante, technique, avec une histoire, une fin heureuse, des corps sublimes, de la technique virtuose…» «Parce que ça fait du bien», explique-t-il. Mais il entend aussi rappeler simultanément que l’abrutissement est néfaste. Injonctions contradictoires. Le jeu s’annonce passionnant.

Augustin Rebetez, parce qu’il déborde toujours du cadre – du 27 novembre au 11 décembre. Sur scène, on a admiré sa sœur, la formidable Eugénie Rebetez, danseuse comique dans Gina et E ncore. Augustin, 27 ans, s’est distingué comme photographe. Son objectif immortalise les fantômes d’amour. Il rêvait de passer à la scène, explique Vincent Baudriller. Celui-ci lui a confié la petite salle de la Passerelle. Il y débarquera avec «un corbeau en laisse, une chanteuse norvégienne et pas mal de collisions». Augustin Rebetez est le symbole d’une saison attentive à la nouvelle génération. Exemple parmi d’autres: le danseur et chorégraphe italien Alessandro Sciarroni célébrera le jonglage dans Untitled – I will be there when you die.

Anne Teresa de Keersmaeker, parce que c’est elle. Chaque pièce de la chorégraphe belge ouvre une perspective. Sa compagnie Rosas présente en octobre trois classiques, dont F ase, four Movements for the Music of Steve Reich. C’est sa première création, en 1982. A Vidy, elle-même et la danseuse Tale Dolven retrouveront les socquettes et les baskets qui ont fait la légende. Leurs variations mettent dans un état second. Cette présence est aussi un signe: Vidy se veut polyphonique. Fanfare, donc!

Rens. www.vidy.ch

La présence d’Augustin Rebetez est le symbole d’une saison attentive à la nouvelle génération

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