Spectacles

D’Emmanuelle Béart à Patrice Chéreau, le Festival d’Avignon aura fière allure

Futur directeur du Théâtre de Vidy, Vincent Baudriller signe sa dernière programmation à Avignon. Cette 67e édition est marquée par la présence d’artistes africains et celle de grands créateurs, dont Anne Teresa de Keersmaeker et Wajdi Mouawad

Partir en beauté. Vincent Baudriller et Hortense Archambault quitteront la tête du Festival d’Avignon au terme de cette édition – la 67e. Pendant dix ans, ils auront marqué de leur empreinte le rendez-vous théâtral le plus couru d’Europe. Leur révérence leur ressemble: modeste en apparence, marquante dans les faits. Début juillet, ils inaugureront la FabricA, manufacture de taille imposante destinée à héberger les répétitions, à loger les artistes (18 logements!) et à accueillir des spectacles. Champagne! Et feu d’artifice en guise de baptême, le 5 juillet, à 22h30, offert par le Groupe F, un collectif spécialisé dans la balafre céleste.

Partir donc, mais en laissant une trace. Il est midi, l’autre jour à Genève. Et Vincent Baudriller a convié la presse au Bateau-Lavoir, péniche-restaurant sur le Rhône. «Avec la FabricA, le festival s’implante dans une zone sensible de la ville et renforce sa vocation de producteur», raconte le futur patron du Théâtre de Vidy. Cette dernière programmation, il l’annonce ouverte sur la jeunesse et l’Afrique. Comme chaque été depuis 2004, elle portera la signature d’un artiste associé, en l’occurrence deux, le metteur en scène français Stanislas Nordey et le poète-acteur congolais Dieudonné Niangouna.

Marthaler et Chéreau

Que faut-il aller voir, alors, dans une affiche qui déborde, comme d’habitude, de promesses? «Tout», s’enflamme Vincent Baudriller, 45 ans. Mais encore. Le travail de Stanislas Nordey, d’abord, qui monte dans la Cour d’honneur du Palais des Papes Par les villages, de Peter Handke, texte où l’écrivain évoque un retour d’exil. La distribution, qui compte Emmanuel Béart et Jeanne Balibar, est à la hauteur de l’enjeu.

Dieudonné Niangouna, lui, entraîne au cœur d’une carrière – carrière dite «de Boulbon» – une quinzaine d’acteurs et de musiciens dans un poème-fresque, près de cinq heures qui charrient la douleur du monde, ses fraternités reconquises aussi. Autre artiste congolais, Faustin Linyekula est retourné à Obilo, le village de son enfance, avec une nuée d’amis; il a fait halte aussi à Gdabolite, ville fétiche du maréchal Mobutu. Ce périple nourrit Drums and Digging, au cloître des Célestins.

A sa manière, donc, le Festival d’Avignon se ressaisira de l’histoire. De la sienne aussi. Hortense Archambault et Vincent Baudriller ont eu la belle idée de réinviter tous les créateurs qui les ont accompagnés. Du Flamand Guy Cassiers, le 6 juillet, avec Orlando, à Patrice Chéreau qui lira Coma de Pierre Guyotat le 26; de Christoph Marthaler qui reprendra King Size les 10 et 11 à Anne Teresa de Keersmaeker qui proposera son spectacle Carnets d’une chorégraphe: en attendant & Cesena, c’est une histoire de la scène européenne qui défilera en accéléré. «Notre ambition pendant dix ans aura été que le spectateur ne soit pas un consommateur, mais qu’il fasse des expériences inédites.» Dès 2014, ce sera au tour d’Olivier Py de faire rêver d’Avignon.

Festival d’Avignon, du 5 au 26 juil­let, réservations dès le 17 juin sur www.festival-avignon.com

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