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La démocratie à l’épreuve de la délibération imposée par le haut

Alors que le «grand débat» convoqué par le président français a pris fin, il vaut la peine, face aux critiques qu’il a soulevées, de réfléchir à ce qui peut, réellement, favoriser la participation citoyenne. Relisons à cet effet «De l’éthique de la discussion», du philosophe allemand Jürgen Habermas

Fin d’aventure difficile pour le «grand débat» voulu par Emmanuel Macron, un peu escamoté par la fumée échappée de la charpente de Notre-Dame de Paris. Commence maintenant la phase éminemment délicate de sa traduction en mesures politiques, qui seule pourra dire si l’entreprise avait un sens ou si elle ne fut qu’une habile manière de canaliser la colère des «gilets jaunes» et tuer dans l’œuf leurs revendications, tout en faisant mine d’y répondre.

Est-il à la fois trop tôt et trop tard pour tirer un timide bilan de cette entreprise aussi audacieuse qu’ambiguë? Cela vaut tout de même la peine d’essayer, le sujet rejoignant des préoccupations qui sont partagées par à peu près toutes les démocraties actuelles (et pas seulement): comment faire pour restaurer l’indispensable lien de confiance entre gouvernants et gouvernés, que le fonctionnement traditionnel de la politique et les intermédiaires du dialogue social ne suffisent plus à garantir? Les problèmes compliqués semblent parfois pouvoir trouver des solutions toutes simples. Et si on faisait s’exprimer les gens? Mais les concertations populaires tombées de haut manquent facilement leur cible. Elles peuvent alors aggraver insidieusement la crise qu’elles prétendaient résoudre.