Scènes

La démocratie vacille? Vive l’art et l’amour

Dans le cadre des Créatives, festival genevois des talents féminins, Marie Probst et Carole Bruhin disent et chantent les élans du cœur. Un spectacle charmant et bienfaisant

Un nouveau monde basé sur la peur? Une démocratie qui vacille? Rien de tel que l’art et l’amour pour continuer à espérer. Même si les deux peuvent être aussi méchamment piquants de leur côté… Carole Bruhin et Marie Probst jouent les consolatrices, depuis mercredi soir, dans «Bien à vous, je t’aime», au Théâtre de l’Etincelle, à Genève. Au programme, des lettres et des chansons d’amour à découvrir jusqu’à samedi. Le spectacle doit encore gagner en souplesse et en aisance, mais déjà, les deux voix s’accouplent bien pour dire le désir dans toutes ses nuances.

Ambiance 100% cabaret

Paravent et lampes d’époque, costumes suspendus que le duo enfile à vue, noir et rouge comme codes couleurs et piano sur le côté: à la mise en scène, Fanny Brunet a opté pour les fondamentaux du cabaret. Pareil pour la direction des comédiennes-musiciennes. Tantôt graves, tantôt mutines, les deux drôles de dames se coulent dans les figures imposées. Pas de surprise, donc, mais de jolis climats qui donnent du relief à ces textes de tous les émois. Justement, qui sont les auteurs de ces cris du cœur? Quels sont les grands moments de cette valse des élans?

La vague érotique de Jacques Higelin

Difficile de résister, par exemple, à la vague érotique que Jacques Higelin a déversée sur Irène Lhomme, alias Pipouche, à ses 20 ans. «Je serai là/vous irez vers moi avec votre mal d’infini, votre soif inaltérable/vous viendrez à moi, immobile, le corps vigoureux soclé à la terre/plante vorace, sauvage, avec cette plaie vivante entre les cuisses, à feu et à sang d’amour…» Juchée sur un tabouret, Carole Bruhin dit cette ode sans forcer le trait et la ferveur explose d’autant plus qu’elle n’est pas soulignée.

Autre moment marquant? Les lettres des poilus dans les tranchées à leur bien-aimée. «Chérie, ma fille, ma beauté, ma fiancée, mon amour, quand je n’en puis plus de regret, de peine de ne plus t’avoir, je relis tes lettres. Je retrouve dans ces pages bleues toute la confiance, toute l’ardeur qu’il faut.» Dans la pénombre, Marie Probst pose ces mots avec sa belle sincérité et le public, sachant que leur auteur a été fauché peu après, est bouleversé…

Comment flatter Petit-Jean

Fougue et feu, donc, au programme de la soirée. Mais malice aussi. Quand, par exemple, sur les pas d’Anne Sylvestre, les ladies règlent son compte à la «Lettre à Elise», tube éternel de Beethoven. Ou lorsque Marie Probst lit une missive plus que sexuelle du peintre Dali à son égérie Gala et que sa partenaire de scène, assise à ses côtés, en est toute baba. On rit encore quand, en 1923, Nelly enseigne à Kiki comment flatter de la main et de la langue Petit-Jean, et ses deux copines, les modestes Jeanine et Jeannette… Ou lorsque le Marquis de Sade en prison (Marie Probst emperruquée) dresse la liste de ses désirs sucrés et autres caprices douillets.

Et les chansons? Elles sont légion. Rien de Barbara, Brel ou Brassens. Mais du Michel Berger (La déclaration d’amour), du Serge Gainsbourg (Les petits papiers), du Michel Polnareff (Lettre à France) encore du Allain Leprest (Arrose les fleurs). Le piano de Carol Bruhin pourrait être plus puissant, les voix, elles, célèbrent leur amour de l’amour sans trembler.


Bien à vous, je t’aime, jusqu’au 12 nov., Théâtre de l’Etincelle, Maison de quartier de la Jonction, Genève, 079 667 20 13, reservation@touchenoire.ch ou www.lescreatives.ch

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