Une belle maison, une belle voiture, une belle femme, un bon job bien lucratif. Ça ressemble au bonheur, cet état éphémère qu’un automobiliste distrait explose perpendiculairement avant même la fin du générique. Bang! Davis Mitchell (Jake Gyllenhaal) est veuf! Il ne manifeste pas un chagrin excessif mais perd légèrement pied avec la réalité. Il cesse de s’épiler (symptôme de trouble chez les cadres métrosexuels), tire le signal d’alarme dans le train et commence à démonter les objets – un frigidaire, son ordinateur, les portes des toilettes…

Devenu un loup de la finance par pur népotisme (il travaille dans l’entreprise de son beau-père), Davis est au fond un loser, un inadapté. Demolition ambitionne de faire le portrait de cet étranger aux autres et à soi-même. Mais l’absurde camusien le cède à un auteurisme de pacotille.

On doit à Jean-Marc Vallée, de Montréal, C.R.A.Z.Y., les tribulations d’une fratrie sympathiquement foutraque, ou Dallas Buyers Club, avec Matthew McConaughey en cow-boy atteint du sida. Mais il est aussi l’auteur de niaiseries comme Café de Flore ou Wild. En proposant de brosser le portrait d’un personnage incertain et de démonter quelques mécaniques de la destinée, Demolition se présente sous de bons auspices.

Jeux dangereux

A l’hôpital, après l’accident, Davis n’arrive pas à tirer une sucrerie du distributeur automatique. Cette infime anicroche va changer le cours de sa vie. Il écrit de longues lettres de réclamation à l’entreprise qui l’a lésé. Ces missives touchent le cœur de la responsable du service de réparation, Karen (Naomi Campbell). Commence une relation à distance un peu trouble entre l’arriviste amputé du cœur et la mère d’un surdoué efféminé de 15 ans. Mais ces prémisses partent en quenouille.

Atteint du syndrome Themroc, Davis démolit son sweet home à coups de masse. Il invente des jeux dangereux incluant un adolescent et un revolver. Il sème le sarcasme et récolte des gnons. Quelques touches subversives ne suffisent pas à faire œuvre punk. La satire sociale fait long feu, le rebelle retrouve son âme de gosse et se rachète de la plus mélodramatique des façons: en finançant un carrousel pour les enfants attardés. L’écriture relâchée de ce film et les improvisations de Gyllenhall pour exprimer son émancipation socio-économique marquent les limites du cinéma québécois, fût-il délocalisé aux States.


Demolition, de Jean-Marc Vallée (Etats-Unis, 2015), avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Judah Lewis, Chris Cooper, Heather Lind, Polly Draper, 1h41