jazz

Quand Denis Colin hallucine grave

Le Français donne à la clarinette basse ses lettres de subversion dans un projet déjanté

Genre: jazz
Qui ? Denis Colin & la Société des Arpenteurs
Titre: Subject To Live
Chez qui ? (Le Chant du Monde/Musicora)

Il faut imaginer un disque constamment pertinent, jusque dans ses excès évidents et revendiqués. Un osni (objet sonore non identifié) si l’on veut, au sens où le furent les disques, spectacles, manifestes divers de troupes aussi peu catalogables que l’Art Ensemble Of Chicago, les ­différentes moutures de l’Arkestra de Sun Ra ou, pour faire français, l’invariablement déjantée ­Compagnie Lubat. On y ajoutera les ­allumés de l’ARFI (Association à la recherche d’un folklore imaginaire) pour ces soudaines envies de trémoussements populaires aux allures de reel écossais ou de gigues irlandaises, et le ­Brotherhood of Breath de Chris McGregor pour l’espèce de pacte de luxuriance chromatique scellé avec une Afrique fantasmée.

Pas un hasard si le voyage débute par une évocation franchement solaire du Sonny Rollins des orgies rythmiques («Jungoso»). A propos, on vous parle d’un maître de la… clarinette basse, instrument pas vraiment adulé par les chefs de file historiques du jazz, dont Denis Colin s’obstine à ne pas comprendre pourquoi on n’en ferait pas l’équivalent du saxophone cracheur de feu d’Albert Ayler. Tout dans ce projet ­copernicien tourne autour de la notion de mouvement, comme si la musique, immatérielle, par nature, était en fait indissociable d’une spatialisation qui en ferait le plus visuel des arts liés à l’invisible. D’où la technique souvent utilisée ici des déplacements successifs du centre de gravité, qui crée chez l’auditeur devenu (un peu) spectateur une sensation de vertige hallucinogène.

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