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Denis Lavant: «Etre décapité dans une série TV, ça permet de ne pas trop s’engager»

L’acteur emblématique de la scène indépendante française raconte comment il a perdu la tête dans la série «Jour polaire», que Canal+ lance ce lundi soir

On ne dévoile rien, c’est la première scène de la série franco-suédoise «Jour polaire». Denis Lavant nourrit l’ouverture de série TV la plus percutante de l’année. Acteur contorsionné autant qu’emblématique du théâtre et du cinéma indépendants français, il se retrouve ligoté aux pales d’un hélicoptère. Le rotor se met en marche. Et avec la force centrifuge, le personnage finit par perdre la boule. Littéralement.

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Lancée ce lundi soir par Canal+, «Jour polaire» a été commandée à des auteurs suédois. Cette série raconte l’enquête d’une inspectrice française dépêchée en Laponie suédoise pour investiguer sur le meurtre d’un ressortissant français – incarné donc par Devis Lavant. En victime, l’acteur raconte.

Le Temps: Que ressent-on en étant décapité sur un hélicoptère par des scénaristes suédois?

Denis Lavant: Ce n’est pas très confortable, mais marrant! C’est fait pour impressionner, et il est tentant de participer à quelque chose d’aussi trash… Le tournage de la scène a été assez éprouvant. On était en studio, j’étais bien sur une pale, mais immobile: ils avaient un système assez complexe, avec les lumières, pour provoquer le mouvement. En plus, avec une telle scène, je ne me sens pas engagé à devoir reparaître dans tous les épisodes.

– Argument pratique…

– Oui! C’est la première série à laquelle je participe, et au moins les choses sont claires. Ce n’est pas un personnage à rallonge. Je connais mal cet univers des séries. On m’avait approché pour un projet français, mais c’était un personnage de chauffeur de taxi, et je n’ai pas le permis… Mes rapports avec l’audiovisuel sont libres, même distendus. J’ai vraiment commencé avec Leos Carax, un maître, qui pratique un cinéma très intense et poétique. C’était donc placer la barre très haut. Après «Mauvais Sang», j’ai eu des propositions, j’aurais pu arrêter le théâtre. Mais je me méfie du mensonge au cinéma, de l’ambiguïté entre le personnage et le comédien.

– Dans quel sens?

– Selon la manière dont on demande au comédien de jouer, on croit qu’il est ainsi. Des gens ont pensé que Leos m’avait pris dans la rue et m’avait mis dans son film. Or c’est un travail d’approche, de sculpture.

– Vous avez donc un lien compliqué au cinéma?

– Pas compliqué, mais je n’ai jamais voulu faire carrière, tourner à tout prix. Je reviens toujours au théâtre, c’est l’art noble, au sens de l’artisanat authentique, comme la poésie. On fait de l’image avec le verbe, et le corps des comédiens. La responsabilité d’un comédien sur scène est énorme, ce n’est pas la même qu’au cinéma, où l’on s’en remet au réalisateur pour l’esthétique ou le montage. Reste qu’à mon âge, le théâtre est plus fatigant que le cinéma… J’essaie d’avoir une certaine éthique, d’être en accord avec ce que je raconte.

– Mais alors, les séries, c’est l’enfer populiste!

– C’est intéressant. Et en en enfer, mon personnage y va, c’est évident. Je ne critique pas par catégorie. Essayer une série, pour moi, répond à une envie d’aller voir, sans être trop astreint. J’aime les choses éphémères.

– Qu’est-ce qui vous a convaincu?

– J’étais curieux, et je voyais une manière de voyager, de rencontrer des gens. Cela s’est vite passé, je suis allé en Suède trois jours. J’aime ce scénario, ce mélange de polar et de chamanisme, une histoire de trafic et de minerai, avec les Samis, une peuplade ancienne, comme les Inuits… On fait de l’ethnologie.

– Trois jours pour de l’ethnologie, c’est court…

– Ça donne une impression, c’est concret. J’ai tendance à infuser assez vite.

– Si la série «Jour polaire» se passait à Carpentras, auriez-vous refusé?

– Cela aurait été moins drôle! Mais je connais mal Carpentras, peut-être que j’aurais été tenté… Au fond, j’aime les personnages originaux qu’on me propose. Une présence malfaisante comme c’est le cas dans «Jour polaire», ou des envoyés du destin comme dans «Boris sans Béatrice», dans lequel je suis un ange gardien. On me voit souvent dans des aventures improbables, je ne demande pas pourquoi.

– Comment avez-vous vécu cette expérience de série?

– J’ai remarqué qu’il y avait pas mal de moyens, en comparaison de certains films auxquels j’ai participé. Et j’ai ramené un bout de corne d’élan.

(Il le montre: un anneau, semblable à une grosse bague, à travers duquel il siffle plusieurs notes. Fort, en souriant.)


«Jour polaire». Canal+, dès ce lundi 28 novembre, 21h

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