THEATRE

Denis Maillefer, l’art du théâtre sentimental et ordinaire

Denis Maillefer et Bastien Semenzato disent leur passion pour le champion. Une réussite

Dans In love with Federer, il est beaucoup question du toucher du champion helvétique. De cette incroyable maîtrise de la balle et du vent, qui permet à son tennis de basculer dans une nouvelle dimension.

Mais, à vrai dire, ce qui reste surtout après le spectacle, c’est le toucher de Denis Maillefer. Cette manière intime et, semble-t-il, totalement sincère, de tisser souvenirs personnels, envolées lyriques et réflexions philosophiques autour de Federer.

Le mari de Lolo

On n’est pas surpris. Depuis plus de dix ans, Denis Maillefer donne du panache et de l’ampleur aux sujets les plus populaires. Avec Antoine Jaccoud au texte et Massimo Furlan au décor, Denis Maillefer a initié un théâtre de la parole ordinaire, un théâtre sentimental qui n’a pas peur de pleurer et de faire pleurer. On se souvient de Je suis le mari de *** en 2001, confession fictive de l’époux de Lolo Ferrari. Entre un poster de Johnny et un canapé usé, Roland Vouilloz racontait ce petit homme qui raffolait de tout ce qui était grand. Drôle et déchirant.

Plus tard, en 2005, Denis Maillefer demandait à ses acteurs, Pierre-Ysaïe Duc, Madeleine Piguet ou Gilles Tschudi, d’évoquer un aspect de leur corps qui les fâchait ou les charmait. Je vous ai apporté un disque créait un moment de théâtre insolite, désarmant, qui sollicitait à nouveau la part cachée et pas forcément glorieuse de chacun. L’insolite de la vie, le détail à la fois dérisoire et chatoyant.

In love with Federer procède de la même logique. Un tour d’horizon sensible de tout ce que cette adoration suscite chez lui et chez Bastien Semenzato, comédien percutant. Pour la première fois, Maillefer joue en scène. Parce que Federer le vaut bien.

Avant Iseut et Juliette

Federer sous la plume de Maillefer? «Il dit, personne n’aime le tennis plus que moi. Sauf certains jours, et ce sont des jours de défaite. Ces jours, il ne pleure pas la défaite, il pleure la trahison, il pleure la promesse non tenue, il est Tristan avant Iseut, Roméo avant Juliette.» Espérons que le champion viendra savourer cette vision de lui en héros tragique, en figure romantique. Et en homme ordinaire.

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