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Denis Maillefer: «Plus le virtuel se développe, plus on a besoin de réel»

Le codirecteur de la Comédie de Genève participe, avec son homologue Natacha Koutchoumov, à la création du spectacle de journalisme imaginé par «Le Temps». Un projet pour établir un «contact direct» avec le public

Le Temps: Quel a été votre sentiment lors de la présentation du projet?

Denis Maillefer: L’année dernière, on m’avait invité au Théâtre Pitoëff pour assister au premier spectacle du Temps. J’avais passé une excellente soirée, appris plein de choses, au contact de vrais narrateurs. On est dans un moment où on a envie de ce contact direct, dans le journalisme comme ailleurs. Paradoxalement, plus le virtuel se développe, plus on a besoin de réel. Le spectacle de journalisme est une manière intéressante et courageuse de porter une actualité ou une information un peu différente. Cette dernière est plus intime, elle s’attarde sur les coulisses. On découvre des expériences personnelles qui touchent les journalistes, comment ils se plongent dans un sujet, ce qu’ils ont pu ressentir en travaillant sur une enquête. Cela donne une autre image de leur quotidien.

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Ces histoires sur le journalisme peuvent-elles susciter la curiosité du public?

Je crois qu’on a besoin de ça, d’aller voir les cuisines. L’intérêt est d’entendre des choses qu’on n’aurait pas pu lire dans la presse, de feuilleter un journal différemment. Mais, selon moi, ce n’est pas le principal avantage. Une telle représentation permet également d’accéder à une forme de récit plus facilement que de se plonger dans un long article. On sait que statistiquement la lecture devient plus difficile, hélas.

Comment se passe le travail avec les journalistes qui monteront sur scène?

Pour des raisons de compétence et de temps, nous avons engagé Anne Schwaller, coach en prise de parole en public, actrice et metteure en scène. Elle a plus de maîtrise avec les personnes inexpérimentées. Elle fait un travail avec les participants sur la manière de porter un message simplement. Notre part, avec Natacha Koutchoumov, consiste à organiser le tout, comme définir l’ordre des récits. Il y a des histoires passionnantes. Les premiers retours sont extrêmement positifs.

Les participants vont-ils arriver sur scène avec leurs imperfections et leurs hésitations? Ou l’objectif est-il d’obtenir une grande fluidité dans le propos?

La manière de raconter doit être la plus proche possible de la personne, tout en mettant l’accent sur la fluidité de la prise de parole pour qu’il n’y ait pas de répétitions ou de balbutiements. Mais il ne s’agit pas d’une prestation d’acteur. Le participant disposera d’outils rapides et sommaires pour qu’il se sente à l’aise, et que cette expérience soit agréable pour lui et évidemment pour le public. On ne va pas essayer de le transformer en bête de scène.

A quoi doivent s’attendre les spectateurs? La mise en scène sera-t-elle dépouillée?

C’est un projet un peu archaïque du point de vue théâtral. On n’essaie pas de faire œuvre de mise en scène. On souhaite mettre en valeur une idée, que cela fasse sens, que cela donne une soirée. La force du projet est de faire très fortement confiance à la présence des participants et à la richesse de leurs récits. Tout le monde aime bien les histoires, surtout lorsqu’elles sont incarnées. Le spectacle sera légèrement multimédia, avec une iconographie ou du son en fonction des besoins et des souhaits des uns et des autres, mais la base reste le récit personnel. La culture et le savoir peuvent être amenés autrement qu’avec une histoire fictive.

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