Denis de Rougemont a vu les balbutiements de la perestroïka, mais pas la chute du mur de Berlin. Son siècle, commencé à Couvet en 1906, s’achève en 1985 à Genève, où il installa son Centre européen de la culture. C’est un siècle des extrêmes, extrêmes de la pensée, de la guerre et de la violence, des systèmes qui se regardent le doigt sur des bombes atomiques. Denis de Rougemont lui appartient entièrement. Le fils de pasteur neuchâtelois a appris sa vie d’adulte à Paris, dans le milieu des revues politiques occupées à changer le monde. Secrétaire des éditions protestantes Je Sers, il participe à des cercles intellectuels où il forme sa vision «personnaliste» de la philosophie. Armé de l’énergie de cette France révoltée, il va dans l’Allemagne hitlérienne voir une société capturée par le nazisme totalitaire. En 1939, auteur fêté de L’Amour et l’Occident, il est mobilisé en Suisse, se sentant assez libre pour dire en quoi la «neutralité oblige». Expédié aux Etats-Unis, il collabore à La Voix de l’Amérique. De retour sur un continent où tout est à refaire, il plaide pour le fédéralisme. «L’harmonie fédérale, c’est la posture antinazie par excellence.» Après Hiroshima, il sera antinucléaire. En Suisse, un combat: la participation à l’Europe, la culture comme fondement de toute rencontre, le mouvement et la connaissance contre l’immobilisme et l’autosatisfaction.

Autres prétendants: S. Corinna Bille, Nicolas Bouvier, Albert Cohen, Hermann Hesse, Agota Kristof, Ella Maillart, Jean Starobinski.