Exposition

Denis Savary joue avec les souvenirs

Sous le titre «Jour blanc», l’artiste romand a conçu son exposition au Centre Culturel Suisse de Paris comme une grande installation

A 35 ans cette année, Denis Savary s’est déjà taillé une solide réputation dans le monde de l’art contemporain. Il expose en ce moment au Centre Culturel Suisse de Paris (CCS). Il est présenté parallèlement à la galerie Xippas, à quelques pas du CCS. Il était l’an dernier au Mamco de Genève. Et Le Temps proposait au même moment à ses lecteurs une édition de «Stromboli», une petite figure féminine, une femme-volcan inspirée par Modigliani.

Son exposition au CCS s’intitule «Jour blanc». Jour blanc comme ces matinées en montagne sous la neige où la lumière est si intense, si brumeuse et si diffuse qu’on n’y voit rien parce qu’on y voit tout en même temps de manière indistincte. La pénombre domine pourtant dans la salle du premier étage qui accueille vingt matelas découpés plaqués aux murs, deux fontaines de salon, une sculpture posée au sol, et une cuisine disloquée dont les éléments sont suspendus à des chaînes métalliques. Au rez-de-chaussée, devant la verrière recouverte de caches multicolores, une vidéo floue laisse entrevoir des patineurs sur un lac gelé et dans la cour, deux formes arrondies posent comme des éléphants pris par le givre.

Qu’est-ce que c’est? La cuisine est à peine une évocation, pas une chose, pas une fonction, des signes tout au plus. Les deux fontaines pourraient décorer le salon d’un mafieux dans une série US, seul le bruit de l’eau fait rêver. La sculpture n’en est pas une tant elle s’en démarque. Et les matelas. Des matelas, mais privé eux aussi de leur fonction. Donc autre chose. Surface claire dans l’obscurité, fenêtres translucides mais pas transparentes, ne donnant sur rien d’autre que ce que l’imagination veut bien leur prêter.

Denis Savary joue avec le spectateur. Et puisque le spectateur est venu, il participe à la partie, il fait confiance. Il devrait. Il ne devrait pas? Quand Denis Savary parle de ses œuvres, il en dit souvent ce qu’il est impossible de deviner avant qu’il ne l’ait dit. Il garde le contrôle des opérations. Ses matelas? Ils ont été inspirés par la découpe lumineuse entre les colonnes d’un temple grec de Paestum dont il a vu la photo dans un livre d’archéologie. Ses fontaines? Elles seraient l’écho de celles de la Villa d’Este, près de Rome. Ses gros volumes arrondis dans la cour se nomment Maldoror, comme les «Chants» du Comte de Lautréamont, bien sûr

Sous cette surface un brin banale au premier regard coule une rivière qu’il faut croire féconde pour vouloir s’y intéresser, un jeu avec la mémoire auquel l’artiste nous convie, avec ces formes fugaces et précieuses qui le guident, et dont il veut croire qu’elles sont en nous.

Denis Savary, «Jour blanc». Centre Culturel Suisse, Paris. Rens.: 00 33 1 42 71 44 50 et www.ccsparis.com. Jusqu’au 3 avril.
Galerie Xippas, Paris 3e. Jusqu’au 5 mars. www.xippas.com

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