Denise Voïta décroche un Grand Prix tissé avec patience et discrétion

Peintre, lithographe, créatrice de tapisseries. Elle a notamment participé à l'Exposition nationale de 64, aux Biennales de la tapisserie, aux manifestations du groupe de l'Œuvre.Elle reçoit le Grand Prix de la Fondation vaudoise pour la promotion et la création artistiques. «Mon œuvre, c'est ma vie entière, ma manière de vivre», explique l'artiste qui dédie son prix à ses amitiés

Peintre, dessinatrice, lithographe (le dessin et la litho étant pour elle une même pratique ou presque), créatrice de tapisseries aussi, Denise Voïta, née en 1928 à Marsens, en Gruyère, s'est vu remettre hier à Lausanne le Grand Prix des beaux-arts de la Fondation vaudoise pour la promotion et la création artistiques, doté de 100 000 francs. Le prix salue une œuvre d'importance plutôt qu'une carrière: «J'insiste beaucoup là-dessus: je n'ai pas fait carrière, explique l'artiste. Pour moi, mon œuvre, c'est ma vie entière, ma manière de vivre. Et comme cela fait cinquante ans que je vis ainsi, cela finit par faire beaucoup de travaux…»

Dans son discours comme dans sa pratique artistique, Denise Voïta allie une réelle humilité et un enthousiasme communicatif. Son attirance pour la simplicité transparaît dans le choix de ses «grands modèles»: les primitifs italiens (Cimabue, Fra Angelico, découverts lors de séjours estivaux à Florence dans l'adolescence), les primitifs catalans, Vermeer et, parmi les modernes, Juan Gris, qu'elle estime plus important que Picasso et Braque, moins systématique que ces derniers. Parmi les membres de sa «famille» d'amis: ceux de la première heure, Olivier Charles, Pierre Estoppey; et puis Francine Simonin, une vieille amie, Jean Lecoultre, Pietro Sarto, qui l'a initiée à la lithographie, Arthur Jobin, qui a fait de même pour la sérigraphie, Hesselbarth, la lissière Denise Emery, Gilbert Mazliah.

Denise Voïta préfère ainsi se définir à travers ses admirations et ses amitiés plutôt qu'en relation avec un courant esthétique actuel. Or, les créateurs cités ont en commun leur tendance à un certain lyrisme chromatique, leur attachement à un «fond» en deçà de la forme, et puis leur goût pour l'expérimentation et le métier bien fait. «J'ai fait le tour des métiers d'art, sans oublier l'enseignement»: la mosaïque, la tapisserie (elle a fait partie, en 1967, des membres fondateurs du Groupe des cartonniers lissiers romands et participé à deux reprises à la Biennale internationale de la tapisserie à Lausanne), la peinture murale (l'œuvre dont elle se dit la plus fière est la décoration du collège de Chavanne-Renens), la gravure, la peinture. En tant que peintre, Denise Voïta, qui a travaillé avec Casimir Reymond à l'Ecole cantonale de dessin de Lausanne, s'inspire de la nature, «vivante et minérale». L'eau, la lune, les formes élémentaires telles que le cercle, le triangle, le carré, tout est pour elle porteur de signification – ainsi du «mouvement en vrille vers le haut», expressif et symbolique.

Le fondement de son art, déjà récompensé par plusieurs distinctions, telles la Bourse fédérale des beaux-arts et la Bourse Alice Bailly, est la recherche de quelque chose qui nous dépasse: «Je ne cherche pas à voir autrement, mais au-dedans…» La peinture de Denise Voïta raconte l'émergence des formes à partir du chaos originel, dans un langage musical hérité de ses amours premières pour la musique, «de Bach aux contemporains». De sa fréquentation d'architectes, autres membres de sa famille d'amis, l'artiste a retenu deux leçons: il s'agit avant tout d'éliminer l'anecdote et de privilégier la structure. C'est au prix de cette rigueur que sa peinture subtile et chaleureuse pénètre dans le domaine bien gardé de la poésie.

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