HOMMAGE

Denise Voïta, si terrienne, si aérienne

L'artiste vaudoise est décédée à 80 ans, alors même qu'une exposition, à Avenches, présente ses travaux récents.

Son exposition, à la Galerie du Château d'Avenches, elle l'avait voulue pour coïncider avec ses 80 ans, qui tombaient le 14 mars. Belle affirmation d'une constance sans cesse revigorée. Mais elle n'a pu être présente au vernissage, le lendemain. Elle eut cependant le plaisir d'apprendre l'estime que ses œuvres récentes suscitaient.

Denise Voïta est décédée vendredi. L'exposition est encore ouverte jusqu'au 20 avril.

L'accrochage nous lègue une artiste désireuse d'embrasser le plus large spectre de vibrations, recueillies lors d'immersions dans la nature ou d'introspections spirituelles. Mais elle, qui s'était le plus souvent efforcée de les rendre visibles, de les symboliser par des structures, par des tracés d'énergies ou d'harmonies, par le langage de l'abstraction, la voilà qui nous livre quelques visions plus réelles ou, plutôt, au-delà du réel. Telle La Fenêtre à Séville, magnifique envolée végétale - à moins que ce soit un papillon - sur fond d'ouvertures ogivales, œuvre mélangeant suggestions par des collages et descriptions minutieuses à la gouache. Sujet comme convoqué pour se recharger de forces telluriques et rebondir plus haut encore.

Cette quête de la transcendance, Denise Voïta l'a affinée dès la fin des années 1970. Peut-être parce que depuis 1975 elle partageait son temps entre Lausanne et Annay-sur-Seine, en Bourgogne, où une maison de caractère et son jardin la convainquaient de la fabuleuse architectonie de l'univers. Sa réussite est d'avoir rendu compatibles le terre à terre et l'élévation. Ainsi que le montrent deux séries visibles à Avenches. L'une de dix dessins noir-blanc, inspirée d'enrochements photographiés par un neveu, fait saisir la puissance du chaos originel et son apaisement. L'autre, aérienne, musicale (14 gouaches aux titres tels que Le premier chant et Contre-chant), aux couleurs transparentes comme des vitraux, tient du «mouvement en vrille vers le haut» comme Denise Voïta définissait elle-même la dynamique qu'elle affectionnait.

Ces deux séries procèdent d'un même élan, participent d'un même esprit. Paradoxalement, par leur contraste, elles disent aussi l'ouverture de l'artiste, sa générosité, la diversité de son art. Sa suite intitulée Baromètre d'humeur, gouache et acrylique très fluides sur bandes de papier verticales, est une manière assez exceptionnelle d'affirmer la vigueur des couleurs en ne proposant que des tonalités douces et vaporeuses. Et cette peinture très différente, intitulée A tête reposée, d'un crâne (façonné par le contour d'un papier déchiré) installé sur un socle improbable, abstrait, est un memento mori parmi les plus touchants vus depuis longtemps.

Née en 1928 à Marsens, en Gruyère, d'une mère genevoise et d'un père d'origine ukrainienne, Denise Voïta fréquente de 1948 à 1952 l'Ecole cantonale de dessin de Lausanne. Elle s'oriente d'abord vers la tapisserie et participe notamment en 1962 et 1987 à la très courue Biennale internationale de la tapisserie à Lausanne. «J'ai fait le tour des métiers d'art, sans oublier l'enseignement», pourra-t-elle dire un peu plus tard. Et de citer la mosaïque, la peinture murale, la lithographie dont elle acquiert une belle maîtrise grâce à Pietro Sarto, la sérigraphie par l'intermédiaire d'Arthur Jobin. Des noms auxquels elle adjoignait ceux de Olivier Charles, Pierre Estoppey, Francine Simonin, Jean Lecoultre, Hesselbarth, Denise Emery et qui forment son cercle d'amis artistes. Une famille qui lui permettait de se définir davantage que des références à des courants. Ce qui n'empêchait pas les admirations avouées pour les primitifs italiens (Cimabue, Fra Angelico) et catalans, pour Vermeer ou, plus proche, Juan Gris.

Denise Voïta fut honorée par le Grand Prix de la Fondation pour la promotion et la création artistiques de l'Etat de Vaud, en 2002. Une récompense un rien tardive, mais tout de même une belle reconnaissance officielle pour qui ne courait surtout pas après ce genre de consécration. Elle avait une attirance pour la simplicité, pour la compréhension des choses par le dedans. Mais n'en était pas pour autant repliée sur elle-même. De loin pas, au contraire. Denise Voïta était un exemple de rayonnement.

Denise Voïta, peintures et dessins. Galerie du Château (rue du Château, Avenches, tél. 026/675 33 03, http://www.avenches.ch). Me-di 14-18h. Jusqu'au 20 avril.

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