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Département fédéral de l’éclat de rire

«Le 8e Conseiller fédéral» repasse le film de l’actualité suisse des trois dernières années sur un mode décalé. On en redemande!

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Département fédéral de l’éclat de rire

Evidemment, ça doit être bien sympathique de tutoyer tout le Conseil fédéral, d’enguirlander «Ueli» ou «Simonetta» pour les motifs les plus futiles, ou d’envoyer «Doris» chercher vos chemises au pressing. Ces plaisirs simples, ce sont ceux que le huitième conseiller fédéral s’offre chaque semaine dans Vigousse par le biais d’un strip photo à la mise en scène rituelle et minimale: terré dans son bunker sous le Palais, le magistrat anonyme, primus inter pares et chef du Département fédéral du pouvoir occulte, empoigne son téléphone hors d’âge pour mitrailler ses sept sous-fifres et quelques autres, de «Barack» à «Vladimir». C’est corrosif, et ça fait aboyer de rire.

L’actu décalée

La dose hebdomadaire de fiel a maintenant été convertie en recueil par ses trois auteurs: Stéphane Babey (journaliste au Matin et chroniqueur chez Vigousse), Sebastian Dieguez (de Vigousse également, et par ailleurs chroniqueur scientifique dans nos colonnes), et Didier Oberson (graphiste et photographe). Sur une centaine de pages, on refait en mode profondément décalé l’actualité de ces trois dernières années (le personnage du huitième conseiller fédéral a été créé en 2011): la saga du Gripen, le différend fiscal, le feuilleton des primes maladie payées en trop, les flux migratoires…

En termes d’humour politique, on tient là quelque chose d’à notre sens assez inédit sous nos latitudes: un mélange parfaitement dosé de satire – au sens où ce sont bien nos travers idéologiques, psychologiques ou sociaux qui sont ici visés – et d’absurde. Les auteurs reconnaissent une dette envers les romans-photos que Léandri publiait dans Fluide glacial; on poussera même jusqu’au nonsense des Monty Python lorsque, par exemple, le huitième conseiller fédéral – qui se trouve être par ailleurs le plus parfait des crétins – essaie de maintenir le taux plancher face à l’euro en recourant aux services d’un marabout qui égorge des poules dans le bureau d’«Eveline», ou qu’il tente de convaincre «Ueli» que l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse» n’apportera aucune solution, et qu’il suffit de manger les étrangers pour régler le problème. En plus, «ça ressemble à du sanglier».

La réussite de ces strips tient à plusieurs facteurs: une absence totale de scrupules; une très bonne connaissance des dossiers abordés; le sens du rythme à maintenir sur trois ou quatre cases; et surtout l’incroyable présence physique de Stéphane Babey, qui en l’incarnant offre à ce dictateur underground une gueule de Meister Proper d’extraction delémontaine à qui l’on aurait greffé les gènes d’élasticité faciale de Jim Carrey. On en redemande.

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