Il vient de choisir une veste de survêtement noire à bandes blanches pour 150 francs. Un peu cher la dévotion à Depeche Mode, ose-t-on? «Quand on aime, on ne compte pas», rétorque illico un jeune Bernois dans un français parfait. Mardi soir aux portes de l'Arena, à quelques minutes de la première des deux grand-messes pop promises par Depeche Mode en Suisse, ce fan, tout juste débarqué d'un car spécial, ajoute aussitôt qu'il se réserve le T-shirt à 60 francs pour Zurich le 28 mars! A Genève, ils sont près de 10000 pour ce concert à guichets fermés.

Quatre ans après sa dernière apparition scénique à Zurich fin octobre 2001, moins de quatre mois après la sortie de son onzième album, l'enténébré Playing The Angel, Depeche Mode jouit toujours d'une cote phénoménale. Qu'un quart de siècle de bons et loyaux sévices sonores électro-pop n'a jamais entamé. En provenance de Bonn, un autre transi de l'historique triplette composée de Dave Gahan, Martin Gore et Andrew Fletcher jure qu'il sera encore du voyage de Marseille (hier), Lisbonne (le 8 février) et Barcelone (le 10).

Touring the Angel, la tournée mondiale de Depeche Mode, n'a déjà plus aucun secret pour lui. Tout comme l'épilogue offert par les chants entrelacés des quadragénaires Gahan et Gore sur «Goodnight Lovers». Au terme de deux heures d'un spectacle multimédia aussi millimétré qu'intelligent, le trentenaire revit la scène jouée par nos quadras du rock avec une mélancolique empathie. Le décor de science-fiction, aussi métallique que le son du groupe, ajoute à la froideur technologique imaginée pour ces compositions truffées de saturations et parasites numériques. Une boule menaçante d'un alu gris surplombe le trio d'anges noirs devenu quintette en scène. Un écran incrusté dans la sphère fait défiler des adjectifs ou questions liés à la thématique explorée. Tandis qu'un autre jeu d'écrans diffuse en arrière-scène les images filmées en direct ou en animation.

La mélancolie, avec le sexe, l'amour et le vice, aura été l'un des thèmes récurrents du show. A l'image de l'ensemble du répertoire de Depeche Mode d'ailleurs et, en particulier, du sous-titre choisi pour son dernier disque: «douleur et souffrance sur divers tempi». De «A Pain That I'm Used To» à «A Question of Time», via «Suffer Well», «John The Revelator» ou «Walking In My Shoes», la première heure du concert trouve un bel équilibre entre chansons récentes et anciens tubes.

Depeche Mode a choisi la sécurité, comblant fans de la première heure comme nouvelles conquêtes, dans un crescendo rythmique. Où il aura fallu attendre «I feel You» pour que la machine s'emballe, que le public communie vraiment avec un Dave Gahan torse nu aux tatouages sombres impérialement sexy. Son charisme, scénique et vocal, Martin Gore devait en pâtir peu avant, quand il osait élancer seul son filet de voix pour deux titres plombant l'atmosphère. Pourvoyeur presque plénipotentiaire des mélodies, Gore a encore du chemin vocal à faire. Comme en ont témoigné les puissants «Enjoy The Silence», «Just Can't Get Enough» et «Never Let Me Down Again» d'une fin de concert enfin frénétique.