«Nous déploierons la collection de photos du Centre Pompidou»

Questions à

A l’image du Met ou du MoMA, le Centre Pompidou, à Paris, disposera bientôt d’une galerie dédiée à la photographie. 200 m2 en accès libre, au sous-sol, et la volonté de plonger trois fois par année dans la collection d’images du Musée national d’art moderne. Avec 40 000 épreuves et plus de 60 000 négatifs, l’ensemble présente une histoire complète du medium, des années 1850 à aujourd’hui.

Le Temps: Pourquoi cette galerie?

Clément Chéroux: L’idée est de mieux déployer la collection de photographies du Centre Pompidou, l’une des plus grandes au monde et la plus importante en Europe. Nous montrons quelque 400 tirages chaque année, mais nous en possédons 40 000. On y rencontre les grands noms de la photographie, Jeff Wall par exemple, avec des temps forts, comme le surréalisme ou la photographie contemporaine. Nous possédons également l’ensemble des négatifs de Man Ray, de Brassaï ou de Dora Maar. La galerie de 200 m2, en accès libre, permettra d’offrir un accès privilégié à ces images. Il y aura deux espaces gratuits au Centre: ce lieu et l’atelier Brancusi.

– Les expositions seront-elles uniquement tirées de votre collection?

– Oui, avec quelques emprunts pour compléter. Nous en ferons trois par année, selon trois modules: historique sur la photographie moderniste des années 1920-30-40, contemporain sur la période des années 1980 à aujourd’hui et enfin transversal. L’idée n’est pas d’accrocher notre collection ou de montrer nos acquisitions récentes, mais bien de concevoir de véritables expositions.

– En serez-vous toujours le commissaire?

– Nous sommes deux conservateurs photo au Centre Pompidou, Karolina Lewandowska et moi. Nous assurerons le commissariat ensemble ou en alternance, en invitant parfois des spécialistes.

– Doit-on s’attendre à une diminution de la photographie dans les autres espaces du Centre?

– Non. Globalement, les institutions pluridisciplinaires ont deux approches. Les musées américains comme le Metropolitan ou le MoMA disposent d’une galerie pour la photographie, qui n’est montrée que là. Les européens, comme le Centre Pompidou ou la Tate, présentent la photographie parmi les autres arts. Nous ferons désormais les deux. Cela permet de donner une visibilité à la photographie tout en offrant un dialogue avec les autres arts et la mise en perspective dans l’histoire de l’art. Outre les expositions multidisciplinaires, il y aura de grandes expositions photographiques au 5e ou 6e étage, comme celle consacrée l’an passé à Henri Cartier-Bresson. La galerie fait 200 m2, nous avons parfois besoin de beaucoup plus d’espace.

– La première exposition donne le ton. Pourquoi la consacrer à Jacques-André Boiffard?

– C’est le dernier grand surréaliste n’ayant pas eu de monographie. Il s’agit donc de révéler une figure. La galerie ouvre au moment de Paris Photo et du Mois de la photo, il y aura profusion d’expositions à ce moment-là. Nous avons donc choisi quelque chose de pointu. Le public de connaisseurs a une attente vis-à-vis de Boiffard.

– Quelle est, à gros traits, la politique d’acquisition du Centre Pompidou?

– La collection est forte sur l’entre-deux-guerres, avec le surréalisme et la Nouvelle Vision, puis les années 1980 à aujourd’hui. Nous essayons de combler les lacunes de l’après-guerre par des acquisitions ciblées.

Jacques-André Boiffard, la parenthèse surréaliste, du 5 novembre au 2 février 2015 au Centre Pompidou. Puis une exposition collective rassemblant «des artistes pour lesquels la photographie est le sujet même de l’œuvre», tels André Kertész, Patrick Tosani ou Wim Wenders. Plus tard, au cours de l’été, les travaux d’Anna et Bernhard Blume sur les phénomènes paranormaux. www.centrepompidou.fr