Fellini aurait adoré l'incongruité du décor, les danseurs du Verbier Festival & Academy s'y accommodent. Nous sommes dans le dépôt de bus de la poste. Un camion passe. Au fond, des colis s'échangent tandis que des passants viennent retirer leur courrier, puis jettent un regard par-dessus l'épaule, médusés ou indifférents à ce qui se passe en arrière-plan. Ce qu'ils peuvent voir, installée au beau milieu du hangar, c'est une scène. Une scène où l'on danse, entre béton et ventilateurs vrombissants.

Vingt danseurs se rencontrent ainsi chaque jour; un cours le matin, un atelier l'après-midi. Quoi de particulier? Professionnels, chorégraphes, enseignants ou stagiaires sont venus de partout pour un atelier avec Vicky Shick, de New York. Son style est directement issu de Trisha Brown, chorégraphe pour laquelle elle a dansé pendant six ans. Fluidité, détail, précision. A cette différence qu'il y a chez Vicky Shick une accentuation de la figure au détriment du flux, quelque chose d'assez design dans la façon dont la ligne du corps coupe l'espace.

Quoi encore? L'atelier de danse, à la différence de toutes les pratiques artistiques, est ce lieu fécond où, de rien, émerge le mouvement. C'est là que ça se passe, que le geste émerge, s'éprouve. Là encore que l'on comprend que seule la durée permet l'ouverture du corps pour la danse. Répétition, régularité, concentration. Surgit alors une grâce inouïe, merveilleuse. C'est ainsi que le jeune Polonais Daniel Srodkowski offre des instants fugaces d'une incroyable beauté. Ici encore que la fluidité d'Anja Schmidt contraste avec la puissance d'Anna Röthlisberger, que se côtoient l'originalité de Yves Musard (que l'on verra cet automne à Genève dans un projet avec le Mamco), la singularité de Foofwa d'Immobilité (en résidence), la précision d'Odile Ferrard, la subtilité de Markus Siegenthaler. Autant de personnalités différentes, d'artistes aux styles divers qui partagent leurs gestes.

Les passants sont alors de plus en plus nombreux. Après une semaine, il y en a même qui deviennent des habitués, venus observer l'établi du danseur, comprendre ce qui se fait dans le ventre de la danse.

«La Niña del Niño Voyeur» de Foofwa d'Immobilité avec Banu Ogan, et «Solo Study with Props» avec Vicky Shick, le 28 juillet à 22 h. La poste,

dépôt de bus. Entrée libre.