La dépouille de l’artiste surréaliste espagnol Salvador Dalí a été exhumée dans la soirée de jeudi 20 juillet, vingt-huit ans après sa mort, pour déterminer s’il est bien le père d’une cartomancienne espagnole assurant être le fruit d’une liaison du peintre.

Les «prélèvements d’échantillons biologiques des restes mortels de Salvador Dalí ont été réalisés», a précisé dans un communiqué, vers 23h50 (21h50 GMT), la Cour d’appel de Catalogne (nord-est). Deux heures et demie plus tôt, la tombe avait été ouverte et les médecins légistes avaient commencé leur travail.

Fin juin, la justice a ordonné l’exhumation du peintre ultra-médiatique et provocateur, mort à l’âge de 84 ans, à la demande de Pilar Abel, une cartomancienne de 61 ans. La voyante assure que sa mère, une employée de maison, avait rencontré Dalí chez des amis du peintre, à Cadaqués. De leur brève liaison serait née Pilar, tenue au courant de ce secret dès son enfance et qui veut en avoir le cœur net.

A l’abri des regards

L’opération s’est déroulée à l’abri des regards, dans le Théâtre-Musée Dali de Figueras, où le peintre fantasque a été enterré, à quelque 140 km au nord de Barcelone. Pour éviter que toute image soit prise, des teintures noires avaient été dressées autour de la crypte et les nombreux journalistes dépêchés pour couvrir l’événement tenus à l’écart.

«C’est assez impressionnant, franchement, cela remue beaucoup de choses, du moins pour moi, à titre personnel, on pense aux funérailles, à l’enterrement, même si vingt-huit ans se sont écoulés», a raconté ensuite aux journalistes la maire de Figueras, Marta Felip, qui a assisté à l’exhumation. Elle a précisé que l’état de la dépouille était «bon» de même que le cercueil, sans livrer de détails.

En début de soirée, des habitants du village s’étaient massés sur la toute petite place devant le musée observant avec curiosité le ballet des experts judiciaires, avocats et autres autorités qui arrivaient pour assister à l’exhumation du peintre à la fine moustache noire, a constaté un journaliste de l’AFPTV.

Emotion

Chacun y allait de son commentaire, pour ou contre. «Je vis cette journée avec émotion, cela me rappelle le jour de sa mort […]. Aujourd’hui, Dalí est ravi, c’est une journée à la mesure de sa personne», déclarait avec excitation à l’AFP Marià Lorca, qui était le maire de cette localité quand Dalí est mort.

La maire a précisé que le prélèvement avait porté sur des «dents et un os», comme demandé par la juge chargée du dossier. Le cadavre embaumé de Dalí reposait dans un cercueil sous une lourde dalle de plus d’une tonne, qu’il a fallu soulever. Les échantillons prélevés seront transmis à l’Institut de toxicologie de Madrid pour être comparés à l’ADN de Pilar Abel, une femme brune aux grands yeux noirs.

La Fondation Salvador Dalí, qui gère le musée, a demandé à ce qu’ils soient ensuite restitués.
La réponse prendra quelques semaines et les preuves seront présentées lors du procès prévu le 18 septembre, selon Enrique Blanquez, l’avocat commis d’office de la plaignante. Les détails de l’exhumation seront dévoilés vendredi à 8h00 (6h00 GMT) par la Fondation lors d’une conférence de presse.

Dix ans de lutte

«Je veux juste connaître la vérité, et c’est tout», avait confié mercredi soir Pilar Abel, qui est née et a grandi à Figueras, comme Dalí. Si les tests prouvaient sa filiation, elle pourrait réclamer selon son avocat 25% de l’héritage de Dalí, entièrement légué à l’Etat espagnol: au moment de sa mort, on évoquait des centaines d’œuvres d’art, dont 250 signées par le peintre des horloges molles, mais aussi des propriétés en Catalogne. Son avocat à l’époque avait estimé sa valeur à 136 millions de dollars.

Dalí a vécu ses dernières années retiré dans son château de Pubol avec sa compagne Gala, morte en 1982, avec laquelle il n’a pas eu d’enfant.

«Dalí aimait sa femme, mais il l’aimait sans avoir de rapports, c’était un voyeur, je dirais. C’est pour cela que nous, les gens de Figueras, nous pensons que c’est très difficile qu’il ait pu avoir un enfant», avait déclaré à l’AFPTV une habitante de Figueras, Lidia, qui assure avoir connu Dalí à l’âge de 13 ans.