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Détail de couverture.
© Tchou

Livres

La dépression, récit d’une odyssée

Dans son roman graphique, «Je vais mieux, merci», Brent Williams met des mots et des images sur un mal qui demeure difficile à comprendre et à accepter

Malgré sa fréquence, la dépression demeure une maladie difficile à appréhender et à accepter. Par les malades eux-mêmes et par leurs proches. Le simple fait d’admettre la dépression comme une maladie ne va pas de soi. Pour toutes ces raisons, ouvrir le roman graphique du Néo-Zélandais Brent Williams est une expérience marquante. Il y raconte sa propre chute dans la maladie et sa lente guérison. Brent Williams n’est ni écrivain ni dessinateur. Il s’est mis en quête d’un artiste pour mettre en images son histoire. Il a trouvé en Korkut Oztekin, dessinateur turc, un allié de très haut vol. Ses aquarelles font corps au récit, le dépassent, lui donnent une ampleur qui permet de changer en profondeur le regard sur la dépression.

Brent Williams n’a rien vu venir. Il était avocat spécialisé dans les affaires de violence familiale. Il était aussi réalisateur de films. Marié, père de quatre grands enfants, il était un quadragénaire en apparence comblé. Il n’a pas vu les premiers signes de la dépression. Cette immense fatigue qui rend toute activité, même la plus banale, de plus en plus difficile à réaliser. Les cas d’abus d’enfants qu’il défendait comme avocat tendaient à l’obséder de plus en plus. C’est d’ailleurs quand une de ses collègues, soucieuse de son état, lui a demandé: «Mais qu’est-ce qui t’a conduit à t’occuper de violence familiale?» que Brent s’est écroulé.

Plus de raison de continuer

Le livre s’ouvre sur une citation de La divine comédie, le fameux vers du premier chant de l’Enfer: «Au milieu de la course de notre vie, je perdis le véritable chemin et je m’égarai dans une forêt obscure…» Une forêt qui a inspiré le titre anglais du livre, Out of the Woods. Des arbres gigantesques, protubérants, sombres, étouffants, surgissent dès les premières pages. Le narrateur, Brent Williams, se tient au milieu de cette forêt de cauchemar, la tête dans les genoux: «Rien n’avait plus de sens. Il n’y avait plus de raison de continuer.» Quand surgit au milieu de ces bois un homme au visage doux, banalement vêtu, au regard intelligent: «Sais-tu où tu es?» lance l’homme, en s’asseyant à côté de Brent. «Aucune idée!», répond l’accablé aux traits tirés. Délicatement, l’homme tente de le mettre devant l’évidence: «Tu ne vas pas bien… tu as une vraie maladie… As-tu mangé aujourd’hui?»

Parcours initiatique

Dans une interview, Brent Williams explique que cet alter ego qui dialogue ainsi avec lui dans le livre est comme la part de lui-même qui gardait espoir, qui voulait s’en sortir. Ce personnage est en tout cas une bonne idée narrative qui donne au livre sa couleur de parcours initiatique. Car Brent Williams devra se faire violence pour admettre qu’il est malade et qu’il ne peut pas s’en sortir tout seul. On le suit chez plusieurs thérapeutes avant qu’il ne trouve la bonne personne qui saura l’accompagner dans son épopée intérieure.

Dans le cerveau

Ce cheminement le mènera jusqu’au point aveugle de son existence, une souffrance d’enfance refoulée durant tout l’âge adulte. Ce voyage à travers la dépression le conduit à faire face pour la première fois à ce passé traumatique qui a structuré son existence. Jusqu’au choix de sa profession. Jusqu’à la dépression.

A un moment donné, le lecteur pénètre avec Brent dans son cerveau et voit les neurones atteints par la maladie. Avec Brent, on comprend comment les pensées négatives, «générées» par la dépression, modifient la structure même du cerveau. Je vais mieux, merci est à lire par quiconque veut mieux comprendre ce mal, malades ou proches. Par quiconque souhaite mieux comprendre les mécaniques humaines qui rendent possible le dur métier de vivre. Comme tout livre de guérison, Je vais mieux, merci est une ode à la vie.


Brent Williams, «Je vais mieux, merci. Vaincre la dépression», dessins de Korkut Öztekin, trad. de l'anglais (américain) par Isabelle de Tinguy et Laurence Piault, Tchou, 153 p.

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