Il serait venu de Serbie avant de déployer son ombre sur le monde. Depuis le XVIIIe siècle, à la première apparition de son nom, le vampire s’est démultiplié en fantômes, revenants ou morts-vivants. Sortant de la tombe pour hanter les humains, les sinistres créatures ont traversé les siècles et soulevé les fantasmes de bien des artistes.

L’étrangleur et suceur de sang a connu nombre d’avatars entre littérature et cinéma, de Carmilla à Frankenstein en passant par Varney, Julia Stone, le chevalier Azzo, Clarimonde, Lestat de Lioncourt ou Dracula. Le monde lyrique n’a pas échappé à la contagion. Il s’est aussi emparé de la figure du spectre tueur. Le vampire qui monte à Genève sur la scène de l’Opéra des Nations a pour nom Lord Ruthven. Il vient de la nouvelle «The Vampyre» de John Polidori, qui a inspiré l'adaptation dramatique «Der Vampyr oder die Totenbraut» à Heinrich Ludwig Ritter.

Un théâtre musical pour la première fois à Genève

On doit la transformation du texte littéraire pour la scène lyrique à Wilhelm Auguste Wohlbrück, avec qui Marschner a réalisé une forme de théâtre musical entre passages chantés et parlés. Voilà pour l’historique d’un ouvrage qui arrive pour la première fois à Genève, dans une version encore transformée pour le Komische Oper Berlin en mars dernier.

C’est une forme d’humour de l’excès. Le public en redemande et hurle autant de rire que de terreur

Musicalement? Le compositeur allemand est fortement influencé par Carl Maria von Weber dont il est le rival. Mais il ne connaît pas la même gloire. Marschner se faufile sans vergogne dans la partition du Freischütz pour en tirer, tel un vampire musical, la substantifique moelle. Le résultat, révélé en 1828, ne manque pas de jus.

Une version raccourcie pour «resserrer l’intrigue»

Pourtant, l’ouvrage initial vient d’être raccourci d’une heure par le dramaturge Ulrich Lenz et le metteur en scène Antú Romero Nunes pour le spectacle donné en coproduction entre Genève et Berlin. Pourquoi ce traitement révélé au Komische Oper il y a huit mois? «Pour resserrer encore l’intrigue», explique l’assistant de direction du Grand Théâtre Daniel Dollé. Tous les textes parlés ont été coupés sauf le passage où Lord Ruthven demande à Aubry de ne pas révéler leur secret commun. La partie musicale s’en voit mieux mise en valeur. Résultat, l’opéra ne dure qu’une heure vingt et se déroule sans entracte «pour ne pas sortir de l’ambiance et rester dans le sentiment de peur et les frissons qui parcourent l’œuvre».

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On apprend que l’hémoglobine ne manquera pas, que les personnages ont des allures terrifiantes, que des araignées géantes tombent du plafond et qu’il vaut mieux ne pas être effarouchable si on est assis au premier rang. Un jeu de l’horreur que Daniel Dollé s’amuse à décrire. «C’est une forme d’humour de l’excès. Comme pour les enfants qui sont terrorisés et qui exagèrent les effets pour tenir l’angoisse à distance. Ils crient, se bouchent les yeux et les oreilles, mais regardent et écoutent par en dessous. Ils en redemandent et hurlent autant de rire que de terreur.»

Pour servir cette partition originale, l’OSR sera placé sous la direction d’Ira Levin, avec Tómas Tómasson dans le rôle principal, et Laura Claycomb dans celui de Malwina. Jens Larsen sera Davenaut, Chad Shelton incarnera Aubry, Ivan Turšic interprétera George Dibbin et Maria Fiselier endossera le personnage d’Emmy Purth.


Opéra des Nations, les 19, 21, 23, 24, 26 et 29 novembre à 19h30, le 27 à 15h. Journée portes ouvertes, dimanche 20 novembre de 11h à 19h. Rens. 022 322 50 50, www.geneveopera.ch