Peu de lieux portent aussi naturellement au théâtre que la cellule familiale. Mère castratrice, père indulgent ou inversement. Enfants terribles ou sages, soumis à la volonté de leurs géniteurs ou, au contraire, révoltés contre une autorité écrasante. Les exigences sociales se heurtant aux vanités personnelles, la casse est garantie, mais aussitôt réparée par l'humour. Ce genre de filon que l'on peut étiqueter «boulevard de gauche», certains auteurs français ont bien su l'exploiter.

Parmi eux, le couple Bacri-Jaoui (Un Air de famille) non loin duquel on aimerait placer le dramaturge Gérald Aubert, moins connu du grand public. Dans sa pièce Raisons de famille, mise en scène par Gildas Bourdet et accueillie à Genève et Monthey, il imagine le retour d'un écrivain (Gérard Desarthe) parmi les siens, après cinq ans d'absence. Ce dernier s'est réfugié dans la littérature pour en finir avec son milieu petit-bourgeois. Le voilà candidat au Goncourt. Comme par hasard, sa propre famille sert de cadre à son dernier roman. Ce qui irrite sa mère (Claire Maurier), enchante son père (Philippe Séjourné) et rend jaloux son frère (François Lalande), en passe de rater sa vie. Rien de bien folichon dans cette pièce, néanmoins très bien jouée, que le metteur en scène sort de la banalité en l'ouvrant à une profusion d'échos. Passé et présent s'y entrelacent comme dans un home-movie que l'on se projette un soir de nostalgie; avec arrêt sur image et retour brutal à la réalité.

«Raisons de famille». Forum Meyrin (GE), ce soir à 20h30. Loc. 022/989 34 34. Monthey,

Théâtre du Crochetan, le 16 février. Loc. 024/47162 67.