Vous êtes passionné par les Indiens et leur culture, pour qui vous avez un grand respect. Cela n’a pas toujours été le cas dans la bande dessinée…

La BD, comme le cinéma, en a donné longtemps une image faite de stéréotypes et de clichés, en s’inspirant notamment du cinéma hollywoodien et des personnages joués par John Wayne. Mais l’Indien méchant et un peu bête qu’on peut voir dans Lucky Luke n’existe pas. Dans les années 50 déjà, Jijé avec Jerry Spring et Paul Cuvelier dans Corentin chez les Peaux-Rouges, une des plus belles histoires d’Indiens, ont contribué à réhabiliter et valoriser ces derniers. C’est leur découverte, à 10 ans, qui a fait naître ma passion. Le Blueberry de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier aussi, inspiré au départ par des films comme ceux de John Ford, a évolué.

Jijé, dans «Le Grand Calumet», vous a représenté dans le personnage d’un baron suisse. Vous étiez très proches?

Il y a aussi dessiné mes parents, qu’il a rencontrés chez moi. La dernière dédicace qu’il m’a faite était adressée «à mon fils», ce qui m’a énormément touché. Nous avions fait connaissance à Bruxelles, quand je travaillais au Studio Peyo, et il a même été question que je reprenne la série de Jerry Spring avec lui. Ma première BD a d’ailleurs été Plume blanche, un véritable plagiat de Jijé dessiné à 13 ans! Aujourd’hui, mon rêve serait de dessiner un Jerry Spring, l’histoire que j’aurais voulu lire enfant. On pourrait imaginer qu’il s’appellerait «Retour à Yuka Ranch». Ce serait magnifique de boucler ainsi la boucle avec Jijé, à qui je pense tous les jours, avec ses dessins sur mon mur. Ses enfants, avec qui nous en avons parlé, m’ont dit que je serais le seul à pouvoir le faire, et Serge Honoré, directeur chez Dupuis, trouve l’idée intéressante.

D’autres rêves de ce genre?

On m’a fait découvrir un roman d’un écrivain sioux, Joseph Marshall III, L’Hiver du fer sacré, qui illustre les valeurs traditionnelles indiennes dont l’harmonie avec son milieu naturel. Le fer sacré était le nom donné au fusil par les Indiens quand ils ont découvert cette arme terrifiante. J’étais furieux de ne pas l’avoir écrit moi-même! Mes filles, qui vivent aux Etats-Unis, m’ont mis en contact mail avec cet écrivain en lui présentant mon travail, et il s’est dit enchanté si l’idée d’une adaptation en bande dessinée pouvait se faire. Reste à se mettre d’accord sur les modalités… et trouver le temps. Mais ce livre est tellement clair et limpide que je pourrais m’y mettre dès demain matin!