Roman

La dérive d’un chômeur dans Athènes en crise

En relatant la plongée de Max parmi les Grecs au désespoir, Léonard Vincent signe un premier roman attachant et fort de son actualité

La lente dérived’un chômeur dans Athènes en crise

Genre: Roman
Qui ? Léonard Vincent
Titre: Athènes ne donne rien
Chez qui ? Equateurs, 208 p.

Athènes ne donne rien est le premier roman d’un témoin du monde moderne. Léonard Vincent est journaliste, «reporter», précise la quatrième de couverture. Il est déjà l’auteur d’un récit intitulé Les Erythréens, paru chez Rivages en 2012. Mais c’est en romancier – en romancier un peu plus curieux d’actualité que d’autres – qu’il parcourt et décrit Athènes en crise, Athènes en déliquescence, comme une femme, une amoureuse qu’on aurait connue jeune et belle et qu’on retrouve, beaucoup plus tard, décatie et malade, mais capable encore de fulgurances séductrices et d’étranges douceurs.

C’est le roman d’une dérive, d’une coulée dans la ville blanche et poussiéreuse, aux vapeurs d’essence, où la vie de tous s’effiloche peu à peu. Chômeur en France, Max – le héros de Léonard Vincent – plonge dans une Grèce où il retrouve ses semblables, les répudiés de la prospérité européenne. Une prospérité encore toute proche, dont chacun, Max le voit bien, garde encore en mémoire le souvenir nostalgique et rageur. Une prospérité que de rares privilégiés tentent de sauvegarder tant bien que mal, comme si l’on tentait de préserver, sans frigo, un bloc de glace des rayons du soleil. Dimitris, le vieux pharmacien désespéré qui se fait sauter la cervelle sur la place Syntagma sous les yeux de Max et des passants, n’y est pas parvenu. Son geste précipite le désespoir de Max, qui n’attendait qu’un signe pour tout lâcher. Maxime Bernard de son vrai nom se débarrasse alors de son téléphone, de sa carte de crédit. Seule une chambre d’hôtel payée d’avance le relie encore au monde, ainsi qu’un ami, Nikos. Athènes se passerait bien d’un désespéré de plus, mais Max va lui faire vivre sa chute. Malgré ses blessures, la ville l’accueillera avec une certaine bienveillance. A commencer par Antigone, une jeune femme aussi fascinante de nuit que déconcertante de jour, mais douce et accueillante pour l’inconnu étranger. Il lui rendra bien mal sa générosité.

Perte et retrouvailles

Maladroit, triste, divaguant, Max titube d’une rue à l’autre. En souvenir sans doute de la profession de l’auteur du livre, il s’intéresse aux élections et se retrouve dans un bureau de vote, un dimanche où la droite et l’extrême droite l’emportent. Autre écho journalistique, sa rencontre avec un clandestin érythréen, Filmon, qui tente de lui expliquer qu’il a fui le recrutement forcé du redoutable «service national». Max n’y comprend rien. Mais la course dans les rues d’Athènes pour échapper aux «fascistes» qui pourchassent l’Africain, l’invitation solennelle à boire un café délicieux, parmi les détritus sous un pont, l’arrestation, finalement, de l’ami Filmon secoueront sa torpeur.

Il lui faudra encore quelques baffes dans un commissariat pour se réveiller tout à fait, dégrisé à la fois du mirage de la prospérité et du désespoir romantique engendré par la crise. C’est dans ce mouvement de perte et de retrouvailles avec soi, dans la contemplation d’Athènes qui continue de resplendir dans les failles de la crise, que se niche le cœur palpitant de ce roman attachant et fort de son actualité.

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