Genre: Roman
Qui ? Nathalie Chaix
Titre: Grand Nu orange
Chez qui ? Bernard Campiche, 216 p.

Nicolas, Jeanne, René, Françoise et le petit Gustave. Tels sont les principaux personnages de Grand Nu orange , dernier roman de Nathalie Chaix qui a publié, également chez Bernard Campiche, Exit Adonis en 2007 (Prix Georges-Nicole) et Il y a toujours un rêve qui veille en 2010.

Nathalie Chaix n’utilise donc, pour désigner ses principaux personnages, que des prénoms. Mais elle introduit aussi un nom qu’elle travesti: Marthinieu. «Marthinieu», au lieu de «Mathieu», du nom de la famille de Jeanne, la femme qui fut le dernier grand amour de Nicolas de Staël. Car, dans la vraie vie, dans le cadre historique dans lequel s’est glissée l’auteure genevoise, il s’agit bien de l’histoire du peintre Nicolas de Staël, de sa femme Françoise et de son fils Gustave, son dernier enfant, né en avril 1954.

Quant à René, c’est René Char, le poète, «jumeau par la taille» de Nicolas de Staël (tous deux sont très grands, explique le biographe de Nicolas de Staël, Laurent Greilsamer; «deux géants», enchaîne Nathalie Chaix), qu’il rencontre en 1951. Les deux hommes s’aimeront d’emblée et travailleront ensemble.

Jeanne, enfin, qui joue le rôle de l’amoureuse fatale, est une femme – déjà mariée et mère de famille – vantée par René Char à Nicolas de Staël, lequel, la rencontrant, ne pourra s’empêcher d’en tomber amoureux. Il délaissera sa seconde femme et ses enfants pour cet amour; un amour douloureux, dira son biographe, puisqu’il aime plus qu’il n’est aimé. Un amour malheureux, au point de le pousser, pense-t-on, à se donner la mort, ce qu’il fit, en se jetant dans le vide à Antibes, le 16 mars 1955.

Voilà la trame, passionnelle, que Nathalie Chaix extrait de la vie du peintre pour y tisser son texte. Elle le dit, à la fin de Grand Nu orange , celui-ci doit beaucoup au Prince foudroyé , la biographie de Nicolas de Staël publiée en 1998 par Laurent Greilsamer chez Fayard.

L’action débute par la rencontre du poète et du peintre. Elle suit les mouvements dépeints par le biographe. Nathalie Chaix reprend (et complète parfois) certaines de ses citations. Tout, cependant, n’est pas dans Le Prince foudroyé . La romancière a travaillé à peupler les vides et silences, à imaginer les gestes amoureux, les couleurs des humeurs et du ciel.

Ainsi ce journal intime de Jeanne à la typographie distincte des textes narratifs qui invente les états d’esprit, les élans, les doutes, les sentiments d’une femme moins manipulatrice qu’il n’y paraît. Ainsi ces scènes intimes, scènes de poses où le peintre peint frénétiquement Jeanne nue, en nus de lumière – d’où le titre du roman qui est aussi celui d’un tableau; ces scènes d’amour encore où Nathalie Chaix puise dans le registre poétique pour décrire les étreintes.

Elle emprunte à Char sa palette de style, à Staël ses couleurs, cherchant à se couler dans l’acuité de l’un et dans l’œil de l’autre. D’où la forme saccadée, brève, distillée par touches qui parvient à recréer une réelle tension.