Dans les dernières décennies du XXe siècle, l'œuvre de Balthus a fait l'objet de débats très vifs entre ceux qui le considéraient comme le représentant d'un passé révolu et ceux qui, au contraire, nourrissaient, grâce à lui, la certitude que la peinture a encore

un avenir.

La peinture de Balthus est figurative. Elle repose sur une tradition picturale qui remonte à la Renaissance. Elle s'inscrit dans un genre artistique classique, la scène d'intérieur. Ses motifs échappent, comme ceux des œuvres du XVIe siècle ou du XVIIIe siècle, à toute interprétation directe. Ce qui est caché est tout aussi important que ce qui est montré. Bref, Balthus était – avec d'autres artistes qui ne lui ressemblent pas, comme Picasso ou Bacon – ce qu'on peut appeler un peintre absolu.

Depuis les années 60, ce qui a fait la grandeur de la peinture – ce pouvoir de synthèse saisissant – s'est dispersé en d'innombrables modes d'expression. Si, comme le notait Claude Lévi-Strauss au début des années 60, le métier s'est perdu, c'est que les artistes n'ont plus trouvé de motif auquel consacrer ce métier. Balthus, lui, était un homme de métier.

Sa disparition met une fois de plus en évidence le chaos dans lequel se débattent aujourd'hui les artistes. Ce chaos ne vient pas d'eux, ils le subissent, ils

le combattent, et ils seront les acteurs de son dépassement. L'œuvre de Balthus témoigne de ce que peut la peinture quand les circonstances s'y prêtent. Et lorsque les circonstances ne s'y prêtent pas, les artistes sont conduits à consacrer autant d'énergie à leur art qu'à agir sur les conditions dans lesquelles ils l'exercent. Balthus n'est pas

le dernier des grands peintres, mais le prochain n'est pas encore connu.