Outre-Sarine, la mort du chanteur de Gotthard est un séisme émotionnel. Terrassé comme une rock star, près de sa Harley sur une route californienne. Un classique romantique qui vous tire les larmes.

Sa voix résonnera-t-elle dans le tunnel le plus long du monde, qui sera achevé dans une semaine? Le chanteur du groupe de rock suisse Gotthard, décédé mardi lors d’un tragique accident de la route dans les environs de Las Vegas à l’âge de 47 ans, crée un énorme choc en Suisse alémanique. C’est bien simple: le Blick y consacrait jeudi toute sa Une (voir ci-contre), avec une photo noir-blanc du disparu, version beau gosse et gendre parfait. Plus trois pages spéciales sur le destin de «la plus grande rock star suisse», tous les détails sur «le crash de l’horreur», «les larmes de la famille», «la tristesse des amis», «le choc des Prominente» et moult images d’une carrière bien remplie. Dans son commentaire, Dominik Hug, le «Show-Chef» du quotidien de boulevard zurichois, est sonné: «La Suisse a perdu sa plus belle voix. […] C’est inconcevable, c’est injuste, c’est une tragédie. […] Le pays est sous le choc. […] Steve Lee était un Suisse dont nous pouvons tous être fiers.»

«C’est ainsi qu’il mourut», selon 20 Minuten, qui décrit jusque dans ses moindres recoins ce que Le Matin qualifie de «virée mortelle». Accompagné d’une vingtaine d’amis, relève le site Pure People, «Steve Lee s’était lancé dans un tour de Californie au sein d’une escouade d’une douzaine de Harley-Davidson, un rêve que la bande avait depuis de longues années mais par faute de temps (ils comptaient y rester deux mois), ils avaient repoussé le road trip d’année en année».

Même secousse dans la Schweizer Illustrierte online, qui a interviewé le secrétaire de la commune tessinoise de Porza, où Steve Lee a passé toute sa vie et où il avait fait un apprentissage d’orfèvre: «Il était si modeste. Jamais il n’a eu des comportements de star.» A l’image de feu le coureur automobile Clay Regazzoni, qui était aussi citoyen de Porza. Le bitume, encore. Comme une Harley sur la Route 66. D’ailleurs, pour le Tages-Anzeiger, cette disparition est un classique romantique – «la mort sur la route d’une star», comme James Dean. «Une tragédie effroyable», renchérit la Neue Luzerner Zeitung. Terrassé en plein road movie, décrit le Spiegel online, au milieu de ce «rêve qu’il avait de «faire» les States à moto», nouvel avatar d’ Easy Rider.

«Erhängt, erstickt, erschlagen»: que ce soit par pendaison, par asphyxie ou par balle, «la nouvelle de la mort d’une star de la musique fait toujours l’effet d’une bombe et bâtit de vraies légendes», rappelle pour sa part le St. Galler Tagblatt, qui énumère quelques précédents célèbres, de Jimi Hendrix à Kurt Cobain. Mais pour une fois, dans ce cas, «ce n’était pas une surdose de cocaïne», précise le site The Brilliant Stories. Comparaison n’est pas raison. Sur le site Swiss­info, on en trouve toutefois une autre, de comparaison, formulée par un internaute en référence à la chanson de Renaud, composée juste après la mort de Coluche: «Encore un putain de camion! Quel chanteur merveilleux, un putain de bon groupe made in switzerland! Chapeau bas les gars… never forget.»

«Il y avait de la magie dans sa voix et de l’élégance dans sa façon de se mouvoir, pleure un autre correspondant. Il était une star tout en restant simple et proche de son public. A la fin de chaque concert, il s’inquiétait que tout le monde rentre bien dans son foyer. C’était très touchant.» Sur les blogs, c’est aussi la déferlante. «Va mon ami Steve chanter pour les anges rockeurs qui vivent lahaut!» s’exclament Les crobards de Pal Degome. «Nous n’oublierons jamais la musique incroyable que Steve Lee nous a donnée pendant des années», regrette Hard Rock Hideout. Et presque tous ces hommages, en majorité anglophones, textes émus recopiant ad aeternam les dépêches d’agences et les articles du Blick, se terminent par cette formule quasi sacramentelle: «R. I. P. Steve Lee, a great vocalist and artist.» Et sur la page d’accueil du site Gotthard.com, assailli depuis mercredi, on lit: «Cela prendra du temps jusqu’à ce que nous comprenions complètement ce qui s’est passé.»