Le réalisateur et scénariste Juan Antonio Bardem, qui a brossé une peinture féroce de la société espagnole d'après la guerre civile dans les années 1950, est mort mercredi à l'âge de 81 ans. Il souffrait d'une grave maladie du foie. Né le 2 juin 1922 à Madrid de parents acteurs, il s'était d'abord orienté vers une carrière d'ingénieur agronome avant de suivre les cours de l'Instituto de Investigaciones Cinematográficas de Madrid, à peine créé. Sans diplôme, il se lance dans le métier, d'abord en tant que critique puis comme scénariste. Avec son camarade de cours Luis Garcia Berlanga, il co-réalise Esa pareja feliz (1951) et coécrit Bienvenue, Mr. Marshall, comédie grinçante sur le plan Marschall qui provoque une polémique à Cannes. Faisant ensuite cavalier seul, il crée la sensation avec Mort d'un cycliste et Grand'rue, qui évoquent sans fard la société franquiste. Devenu le symbole de l'élite intellectuelle, il se fait arrêter par la police puis largement censurer par le régime dès La Vengeance (1957, avec Raf Vallone). Bardem devient encore plus suspect lorsqu'il produit Viridiana de l'exilé Luis Buñuel. Après un déclin progressif, qui le voit signer des coproductions internationales souvent médiocres (Les Pianos mécaniques), il revient sans grand succès à des sujets plus politiques (Les Sept jours de janvier) après la mort de Franco. «Je ne puis, répétait-il, parler que de ce que je connais bien: l'Espagne.» Il avait reçu l'an dernier le prestigieux Prix Goya pour l'ensemble de son œuvre.

LT