Dix ans avant sa disparition, Serge Gainsbourg évoquait son destin post-mortem pour le journaliste de Libération Bruno Bayon. Extrait.

Bayon: Est-ce que, maintenant que tu es mort, on va t'édifier un mausolée de grand artiste?

Serge Gainsbourg: Je ne suis pas un Arabe.

– Non, un mausolée moral, comme à Rimbaud, Lautréamont, qu'on a reconnus bien après leur mort? Comme poète…

– Dans ce sens-là?

Un peu plus tard. Il faut qu'on comprenne ma démarche. Pas tout de suite. Ce n'est pas possible. D'ailleurs, c'est inutile. Inutile de survivre par ses actes, par ses œuvres. Vouloir se survivre, c'est d'une arrogance monstrueuse. La seule façon de se survivre, c'est de procréer. […]

Il n'y a que la procréation, pour se survivre. «La Cène» de Léonard de Vinci a fini dans la boue à Florence, donc il n'y a pas d'éternité. Il y a des éternités de 300, 400, 700 ans… Et alors? Et Puis?….»