Plus que deux ans. Et Bernard Foccroulle, qui décompte déjà dix saisons à la tête du festival d’Aix, s’en retournera vers ses amours originelles. L’orgue et la composition. Avec des activités où la pédagogie, l’intérêt de la culture et de la société, l’appellent. Plus que deux éditions aussi avant les 70 ans du festival d’Aix-en-Provence. Prochainement reprise en 2018 par Pierre Audi, la plus ancienne et imposante manifestation lyrique française, imaginée autour de Mozart par Gabriel Dussurget en 1947, abordera sa septième décennie sur une nouvelle donne. En attendant, on profite.

On aura savouré, en première partie de festival, quatre rendez-vous passionnants (à retrouver sur notre site et dans nos pages). L’événement le plus marquant? Sans aucun doute possible, Pelléas et Mélisande de Debussy, dans la mise en scène de Katie Mitchell et sous la direction d’Esa-Pekka Salonen. Le plus surprenant? Kalîla wa Dimna, création mondiale en arabe de Moneim Adwan. Le plus spectaculaire? Il Trionfo del Tempo e del disinganno de Haendel, repensé par Krzysztof Warlikowski sous la baguette d’Emmanuelle Haïm. Le plus radical? Così fan tutte de Mozart, mis en scène par Christophe Honoré et dirigé par Louis Langrée et Jérémie Rhorer.

Mais il restait encore deux productions, comme toujours décalées en deuxième mi-temps de manifestation. Cette année, la relance aura été articulée autour du cycle Stravinski organisé sur trois ans (avec le chef finlandais devant le Philharmonia et Peter Sellars à la mise en scène), et la tragédie lyrique Zoroastre de Rameau, donnée en version de concert par Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion. Une mise en perspective captivante d’esthétiques et de langages opposés.

Du côté moderne, l’archaïsme africanisé d’Œdipus Rex est prolongé par la vision épurée de la Symphonie de Psaumes. Un Stravinski à double visage. L’opéra oratorio et la pièce chorale se voient reliés par une chorégraphie du chœur qui commente les textes dans une gestuelle de langage des sourds. L’idée est magnifique et prenante.

Sur le versant baroque, Zoroastre retourne aux origines des mots et des notes. En version de concert, l’attention peut se concentrer sur chaque inflexion musicale, portée avec verdeur et subtilité par des instrumentistes et des chanteurs en forme magistrale. Nicolas Courjal (Abramane), Reinoud Van Mechelen (Zoroastre), Emmanuelle de Negri (Erinice), Katherine Watson (Amelite), Lea Desandre (Céphie) et Christian Immler (La Vengeance, Oromasès) sont galvanisés par un orchestre impressionnant de technique et de musicalité.

De la forme du concert à celle de l’opéra, les déclinaisons auront donc été explorées librement pendant toute cette édition. Et si on a pu retrouver une parenté évidente entre le doublé stravinskien de cette année et la compilation avec Tchaïkovski de l’an passé (Perséphone/Iolanta par l’extraordinaire Dominique Blanc) Oedipus Rex, donné dans la traduction latine du livret de Jean Cocteau par le cardinal Jean Daniélou, prend une dimension d’éternité et d’universalité étonnantes. Joseph Kaiser (Œdipe), Violeta Urmana (Jocaste), Sir Willard White (Créon, Tirésias, le Messager), Joshua Stewart (le Berger), la danseuse Laurel Jenkins et la récitante Pauline Cheviller ont formidablement réuni leurs talents devant des chœurs suédois de haute tenue. Une aventure mystique et musicale comme seul Peter Sellars sait les humaniser.