En attendant le départ du bus ce lundi, petite visite de la Grand Avenue qui borde l’hôtel de Los Angeles. Courte promenade, mais grande impression. A dix minutes à pied, on croise le MOCA (musée d’art moderne) en face duquel un autre musée d’art contemporain est en construction.

«Ici, ça n’arrête pas», commente un ouvrier. Puis il n’y a qu’à traverser la rue pour enchaîner sur le sublime Disney Hall de Frank Gehry, siège du LA Phil (Los Angeles Philharmonic Orchestra) dirigé par Gustavo Dudamel, et véritable emblème de la ville.

La «Rose» de métal regarde le Music Center, où l’opéra résonne dans l’historique salle classique de la cité, qui date du début du XXe siècle. L’avenue culturelle est une artère battante. Tous ses édifices et leur fonctionnement sont financés par des donateurs (dont les noms sont inscrits partout, des sièges aux escaliers en passant par les salles ou espaces divers…). Cet engagement citoyen et artistique est remarquable. Et donne des fruits architecturaux somptueux. Dont on aimerait tant que Genève se dote aussi… Lors des tournées, on découvre aussi les efforts consentis dans le monde pour des salles de concert impressionnantes, à l’acoustique, l’esthétique ou la technique de construction admirables. Et dans des villes ou des pays parfois surprenants.

Ce lundi représente déjà le milieu du voyage américain de l’OSR. Et c’est le dernier concert de la côté Ouest, avant les cinq heures de vol demain vers New York, où de grands froids sont annoncés. Le contrebassiste Bo Yuan et le deuxième violon François Payet-Labonne, malades, ont retrouvé leur poste après la pause d’hier. Le cours de la vie orchestrale reprend.

La salle du Granada Theater de Santa Barbara, construite dans les années 20, fut, pendant un temps, un cinéma. Toute rafraîchie récemment, elle accueille des concerts entre les parois boisées en trompe-l’œil de sa scène, et devant la salle stuquée.

Cette fois, la répétition est entièrement réservée à «La Valse» de Ravel que Charles Dutoit laisse enfin filer avant de reprendre minutieusement, passage par passage. L’œuvre n’est pas à l’affiche ce soir mais elle figure aux trois programmes de la côte Est. Dans un grand mouvement, la baguette du chef se casse. Le violoncelliste François Guye se baisse pour ramasser le morceau brisé et le tend au chef. Qui, d’un geste dégagé, le lance par-dessus sa tête dans la salle. «Ce n’est pas important.» Il reprend. «Chez Ravel, chaque note est essentielle. Il n’y a aucun remplissage. Il a tout écrit. Il faut le faire.» Charles Dutoit chauffe les musiciens à blanc. Ça promet! Vivement l’Est…