Ce bref récit porte la marque des grands livres: une voix s’impose dès les premières lignes, une voix que l’on retrouve dans sa pleine intensité, à chaque nouveau paragraphe: «[...] on évoquait souvent certaines «brûlures», sans plus de précisions, que le «monde» avait l’habitude d’infliger à ceux qui avaient trop de familiarités avec lui.
» «Le monde, pour qui ne le saurait pas, c’était tout ce qui existait sur la terre en dehors des couvents, qui appartenaient déjà au Royaume des Cieux.»


Dans son mode d’écrire, profond et plein de pudeur, Dolores Prato, née à Rome en 1892, appartient au XIXe siècle, dont elle projette les ombres et le mystère dans ses écrits. 
Dans cette narration, la force et la vérité du vécu ne laissent pas de place à la critique sociale, ni même à l’ironie. La beauté de l’écriture, la pureté de la confession et l’amour de la narratrice pour la vie et pour le «monde» rachètent le mal, et les fautes, et cette pauvre humanité qui se débat dans ce monde, qu’il soit intérieur ou extérieur à «l’Institution», ce couvent où règnent les Religieuses, «une trinité de nonnes toutes égales en pouvoir, conformes dans leurs jugements, synchrones dans leurs actions: la Supérieure, la Maîtresse, la Très Vieille Religieuse».